Ecologie

Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /Mai /2009 22:04
Si vous vous posez des questions sur les véritables causes de la grippe porcine, et sur la répétition de plus en plus rapide des pandémies (SRAS, grippe aviaire H5N1…) voici des informations qui pourraient bien vous ouvrir les yeux, et vous couper l'appétit pour certaines nourritures.

De quoi s'interroger au sujet des grands groupes mondiaux de l'agro-alimentaire, de l'industrie pharmaceutique, et des prises de positions de l'OMS et autres organisations étatiques de santé publique. On pourra aussi s'interroger sur la condition faite aux animaux d'élevages industriels… et des populations voisines de ces méga-usines à viande. La fourniture de nourriture à vil prix peut avoir un coût exhorbitant, sinon mortel.


La grippe porcine, dernier fléau de l’industrie de la viande par GRAIN ©





Capitalisme et grippe par Mike Davis * ©






La grippe porcine mexicaine, une chimère génétique probablement engendrée dans la fange fécale d’une porcherie industrielle, menace soudain le monde entier de fièvre. Les premiers cas en Amérique du Nord révèlent un taux d’infection qui se déplace déjà plus vite que la dernière souche pandémique officielle, la grippe de Hong Kong de 1968.


Ce virus porcin est une menace d’une ampleur inconnue. Il vole la vedette à notre assassin officiel de service, H5N1, connu sous le nom de grippe aviaire, qui continue, lui, de muter vigoureusement. Il semble assurément moins létal que la souche du SRAS de 2003 (Syndrome respiratoire aigu sévère), mais comme grippe, il peut se révéler plus durable et moins enclin à retourner à son antre secret.

Etant donné que la grippe saisonnière domestiquée de type A tue jusqu’à un million de personnes chaque année, il suffirait d’un modeste plus de virulence, tout particulièrement s’il s’accompagne d’une incidence élevée, pour produire un carnage équivalent à une grande guerre.

En attendant, une de ses premières victimes, c’est la croyance consolatrice, longtemps prêchée par l’OMS, que les pandémies peuvent être arrêtées par les réactions rapides des bureaucraties médicales, indépendamment de la qualité de la santé publique locale.

Depuis les premiers morts causés par H5N1 à Hong Kong en 1997, l’OMS, appuyée par la plupart des services de santé nationaux, a mis en avant une stratégie qui se concentre sur l’identification et l’isolement de la souche pandémique à l’intérieur de son rayon local d’éruption, suivis par une forte aspersion de la population par des médicaments anti-viraux et un vaccin, s’il en est un disponible.

Une armée de sceptiques a contesté avec raison cette stratégie de contre-insurrection virale, en faisant remarquer que les microbes peuvent aujourd’hui voler à travers le monde (tout à fait littéralement dans le cas de la grippe aviaire) plus vite que l’OMS ou les responsables locaux peuvent réagir aux premiers cas. Ils pointent également du doigt la surveillance primitive, souvent même inexistante, de l’interface entre les maladies humaines et animales.

Mais la mythologie de la frappe assurée, préventive (et bon marché) contre la grippe aviaire a servi de façon irremplaçable la cause des pays riches, comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni, qui préfèrent investir dans leur ligne Maginot biologiques particulières plutôt que d’accroître significativement l’aide aux fronts épidémiologiques hors de leurs frontières. Elle profite également aux grandes transnationales pharmaceutiques qui se sont opposées aux exigences du Tiers-monde d’une production générique publique d’antiviraux décisifs comme le Tamiflu de Roche.

La grippe porcine, en tout état de cause, peut faire la preuve que la version de la vigilance pandémique de l’OMS et du CDC (Center for Disease Control, de l’administration étatsunienne) sans nouveaux investissements massifs dans l’infrastructure de surveillance, scientifique et régulatrice, la santé publique de base et l’accès mondial aux médicaments vitaux, se rangent dans la même classe de la gestion pyramidale des risques que les produits dérivés de AIG et les titres de Madoff.

Ce n’est pas tellement que le système d’alerte pandémique a échoué, c’est qu’il n’existe pas, même en Amérique du Nord et en Europe. Il n’est peut-être pas surprenant que le Mexique n’ait ni la capacité ni la volonté politique de surveiller les maladies du bétail et leurs impacts sur la santé publique, mais au nord de la frontière la situation n’est guère meilleure. Aux Etats-Unis, la surveillance est un assemblage hétéroclite inefficace de juridictions des divers Etats. Les entreprises d’élevage de bétail y traitent les réglementations sanitaires avec le même mépris qu’elles traitent leurs salariés et leurs animaux.

De même, une décennie de mises en garde urgentes par les scientifiques de terrain n’ont pas suffi pour obtenir le transfert de la technologie sophistiquée d’identification des virus aux pays qui sont sur le chemin direct des pandémies probables. Le Mexique a des spécialistes de renommée mondiale, mais pour identifier le génome de la souche, il a dû envoyer les prélèvements à un laboratoire de Winnipeg (une ville qui a moins de 3% de la population de Mexico City. Cela a fait perdre presque une semaine.

Mais personne a été moins en alerte que les légendaires contrôleurs des maladies du CDC d’Atlanta. Selon le Washington Post, le CDC n’a appris l’épidémie que six jours après que le gouvernement mexicain eut commencé d’imposer des mesures d’urgence. Le journal remarque même «Les responsables de la santé publique des Etats-Unis sont toujours encore largement dans le bleu au sujet de ce qui se passe au Mexique deux semaines après que les premiers cas eurent été reconnus.»

Il n’y a à cela aucune excuse. Il ne s’agit pas d’un «cygne noir» qui bat subitement des ailes. En fait, le paradoxe central de cette panique de la grippe porcine, c’est que tout en étant totalement inattendue, elle a été précisément prédite.

Il y a six ans la revue Science a consacré un reportage important (par l’admirable Bernice Wuethrich) qui révélait que «après des années de stabilité, le virus nord-américain de la grippe porcine s’est mis subitement à évoluer rapidement.»

Depuis qu’il a été identifié au début des années 1930, le virus H1N1 de la grippe porcine avait seulement dérivé un peu de son génome initial. Puis en 1998, l’enfer s’est déchaîné.

Une souche hautement pathogène s’est mise à décimer les truies dans une porcherie industrielle de Caroline du Nord et, phénomène nouveau, des versions plus virulentes ont commencé à apparaître presque chaque année, y compris une variante bizarre de H1N1 qui contient les gènes internes de H3N2 (l’autre grippe de type A qui circule parmi les humains).

Les chercheurs que Wuethrich a interviewés craignaient qu’un de ces hybrides ne devienne une grippe humaine (on pense que tant la pandémie de 1957 que celle de 1968 tirent leur origine du mélange de virus aviaires et humains chez les cochons). Ces chercheurs réclamaient avec insistance la création d’un système officiel de surveillance des grippes porcines. Leurs admonestations n’eurent bien sûr aucun écho à Washington où on est prêt à jeter des milliards dans des fantasmes de bioterrorisme tout en négligeant d’autres dangers.

Mais qu’est-ce qui provoque cette accélération de l’évolution de la grippe porcine ? Probablement la même chose qui a favorisé la reproduction de la grippe aviaire.

Depuis longtemps, les virologues sont convaincus que le système d’agriculture intensif de la Chine méridionale, une écologie immensément productive de riz, poissons, porcs, oiseaux domestiques et sauvages, est le principal moteur de la mutation de la grippe: aussi bien la «dérive» saisonnière que les «mutations» génomiques épisodiques. (Plus rarement, il peut se produire un saut direct des oiseaux aux cochons et/ou aux humains, comme dans le cas de H5N1 en 1997.)

Mais l’industrialisation de l’élevage du bétail a brisé le monopole naturel de la Chine dans l’évolution de la grippe. Comme de nombreux auteurs l’ont signalé, ces dernières dizaines d’années l’élevage s’est transformé en quelque chose qui ressemble plus à l’industrie pétrochimique qu’à la jolie ferme familiale qu’on voit dans les livres d’école.

En 1965, il y avait aux Etats-Unis 53 millions de cochons dans plus d’un million de fermes ; aujourd’hui, 65 millions de cochons sont concentrés dans 65'000 porcheries industrielles, dont la moitié contiennent 5000 animaux et plus.

Cela a représenté un changement qualitatif profond, des porcheries à l’ancienne à des vastes enfers d’excréments sans précédent, qui enferment des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers d’animaux au système immunitaire affaibli, qui suffoquent dans la chaleur et le fumier, tout en échangeant à grande vitesse des pathogènes entre eux et avec leur pathétique progéniture.

Quiconque a jamais roulé à travers Tar Heel, en Caroline du Nord ou Milford, dans l’Utah, où les succursales de l’entreprise Smithfield Foods produisent chacune par année plus de un million de cochons ainsi que des lacs entiers de merde toxique, comprendra intuitivement jusqu’à quel point l’agrobusiness a détraqué les lois de la nature.

L’année passée, une commission distinguée réunie par le Pew Research Center a publié un rapport qui fait date sur «la production d’élevage industriel». Le rapport souligne le danger aigu que «le recyclage continu de virus … dans des grands troupeaux (va) augmenter les occasions de génération de virus nouveaux par des événements de mutation ou de recombinaison qui pourraient aboutir à une transmission facilitée de personne à personne.»

La commission a averti également que le recours aux antibiotiques dans ce contexte de promiscuité (une alternative bon marché à des systèmes d’égouts ou un environnement plus humain) provoquait l’augmentation d’infections à staphylocoques, tandis que les fuites du fumier provoquaient des infections à Escherischia coli de cauchemar et des efflorescences toxiques de Pfisteria, le protozoaire qui a tué plus d’un million de poissons dans les estuaires de Caroline et rendu malades des douzaines de pêcheurs.

Toute amélioration de cette nouvelle écologie pathogène, se heurterait cependant au pouvoir monstrueux qu’exercent des conglomérats d’élevage tels que Smihfield Foods (porc et boeuf) et Tyson (poulet). Les membres de la commission Pew, que présidait l’ancien gouverneur du Kansas John Carlin, ont raconté l’obstruction systématique de leur enquête par les entreprises, y compris des menaces crasses de priver de financement les chercheurs qui collaboraient avec la commission. Qui plus est, il s’agit d’une industrie hautement mondialisée, dont la poigne politique est internationale. De même que le géant du poulet de Bangkok Charon Pokphand a été capable d’empêcher une investigation de son rôle dans la dissémination de la grippe aviaire à travers l’Asie du Sud-est, il est probable que l’enquête épidémiologique sur l’épidémie de grippe porcine se cassera le nez sur la mur de l’industrie de la viande de porc.

Cela ne veut pas dire qu’on ne va jamais trouver de responsabilité causale: d’ores et déjà il y a des rumeurs dans la presse mexicaine à propos d’un épicentre de la grippe porcine aux alentours d’une immense succursale de Smithfield dans l’Etat de Veracruz.

Mais ce qui est plus important encore (tout spécialement vu la menace toujours présente du H5N1), c’est le tableau d’ensemble: l’échec de la stratégie de l’OMS contre les pandémies, la poursuite du déclin de la santé publique dans le monde, les grandes pharmas qui ne lâchent pas les médicaments vitaux, et la catastrophe planétaire de la production de viande industrielle écologiquement aberrante. (Traduction A l'encontre)

* Mike Davis a publié en 2006 The Monster at Our Door à propos de la grippe aviaire. Cet article a paru le 27 avril 2009 dans Socialist Worker, hebdomadaire de l’ISO aux Etats-Unis. Une version aussi est apparue dans le quotidien anglais The Guardian.

(30 avril 2009)
Par Sylvie Boussand - Publié dans : Ecologie - Communauté : Résistance 2007
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Dimanche 19 avril 2009 7 19 /04 /Avr /2009 19:33
Parfois, les mots sont inutiles…

Par Sylvie Boussand - Publié dans : Ecologie
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Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 23:59
D'ici à la mi‐juin, la France aura importé d'Espagne
plus de 83 000 tonnes de fraises.

Enfin, si on peut appeler «fraises» ces gros trucs rouges,
encore verts prés de la queue car cueillis avant d'être mûrs,
et ressemblant à des tomates.
Avec d'ailleurs à peu près le goût des tomates...





Si le seul problème posé par ces fruits était leur fadeur, après tout, seuls les consommateurs piégés pourraient se plaindre d'avoir acheté un produit qui se brade actuellement entre deux et trois euros le kilo sur les marchés et dans les grandes surfaces, après avoir parcouru 1 500 km en camion.

A dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 16 000 par an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz d'échappement. Car la quasi‐totalité de ces fruits poussent dans le sud de l'Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l'une des plus fabuleuses réserves d'oiseaux migrateurs et nicheurs d'Europe.

Il aura fallu qu'une équipe d'enquêteurs du WWF‐France s'intéresse à la marée montante de cette fraise hors saison pour que soit révélée l'aberration écologique de cette production qui étouffe la fraise française (dont une partie, d'ailleurs, ne pousse pas dans de meilleures conditions écologiques). Ce qu'ont découvert les envoyés spéciaux du WWF,  et que confirment les écologistes espagnols, illustre la mondialisation bon marché.

Cette agriculture
couvre prés de six mille hectares, dont une bonne centaine empiète déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national. Officiellement, 60% de ces cultures seulement sont autorisées ; les autres sont des extensions "sauvages" sur lesquelles le pouvoir régional ferme les yeux en dépit des protestations des écologistes.

Les fraisiers destinés à cette production, bien qu'il s'agisse d'une plante vivace productive plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des fraises hors saison, les plants produits in vitro sont placés en plein été dans des frigos qui simulent l'hiver, pour avancer leur production. A l'automne, la terre sableuse est nettoyée et  stérilisée, et la micro-faune détruite avec du bromure de méthyle et de la chloropicrine. Le premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d'ozone, signé en 1987 (dernier délai en 2005 !) ; le second, composé de chlore et d'ammoniaque, est aussi un poison dangereux : il bloque les alvéoles pulmonaires.

…/…  Les plants poussent sur un plastique noir et reçoivent une irrigation qui transporte des engrais, des pesticides et des fongicides. Les cultures sont alimentées en eau par des forages dont la moitié ont été installés de façon illégale. Ce qui transforme en savane sèche une partie de cette région d'Andalousie, entraîne l'exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu'une trentaine dans la région, leur seule nourriture, les lapins, étant en voie de disparition. Comme la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place aux fraisiers.

La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille tonnes de plastique sont soit emportées par le vent, soit enfouies n'importe où, soit brûlées sur place.   …/…

© Claude‐Marie Vadrot - Politis - avril 2007
Par Sylvie Boussand - Publié dans : Ecologie
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Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 23:20
Constitution d’un comité de soutien à Kokopelli

L’Association Kokopelli, menacée dans sa survie par les attaques de l’Etat et du lobby semencier, lance un appel pour la création d’un comité de soutien.
Nous souhaitons que le manifeste de Kokopelli en soit fondateur et fédérateur.
(Note de Vachane : voir articles Comité de soutien à Kokopelli acte 1 et 2)
Nous demandons l’aide de tous nos adhérents et amis pour faire circuler ce manifeste et pour solliciter un tel soutien auprès d’organisations internationales, d’associations, d’entités du monde économique, d’élus, d’écrivains, de revues, de “personnalités” du monde scientifique, politique, artistique ...

Pour de plus amples renseignements, prière de contacter :

Association Kokopelli - Alès
Dominique : dominique@kokopelli.asso.fr
Raoul : raoul@kokopelli.asso.fr / 04 67 97 50 18
Jocelyn : 06 61 98 59 59
Site web : www.kokopelli.asso.fr

A lire aussi : un article complet et complémentaire de Télérama

Nous pouvons les aider en faisant un don, en achetant des semences pour ceux qui jardinent, en signant la pétition.
Par Sylvie Boussand - Publié dans : Ecologie
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Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 12:54
Du droit et du devoir des peuples à se nourrir eux-mêmes
par Pierre Rabhi, vice-président de Kokopelli



Il ne sert à rien de reprendre encore une fois la litanie des menaces écologiques prévisibles et imprévisibles qui pèsent sur l’avenir à court, moyen ou long terme. L’ambiance d’appréhension que suscitent ces menaces, qui se confirment très objectivement, est peut-être salutaire, mais il est navrant de constater que notre espèce dotée en principe de conscience, d’entendement, et d’un libre-arbitre, ne soit pas capable d’un discernement élémentaire pour inspirer son comportement et lui éviter les dérives dont elle déplore, à posteriori, les conséquences désastreuses.

Ce n’est pourtant pas faute de consciences éveillées qui, tout au long de l’histoire, ont mis en garde l’humanité contre les transgressions majeures. Mais il semble que l’écoute soit sélective et que tout ce qui risque de remettre en question l’idéologie du temps-argent, de l’avidité illimitée, déguisée en principe économique, et de la productivité à outrance ne soit pas le bienvenu. C’est ainsi que la communauté planétaire tout entière est aujourd’hui plus que jamais confrontée à une sorte de traquenard, à une immense déconvenue.

Chaque jour, les informations nous informent au point que cela fait partie des consommations quotidiennes du citoyen planétaire. Le tout se fait dans une ambiance de fatalité ou d’apathie incurable. Pour résumer la situation, on pourrait dire que les humains continuent à s’infliger mutuellement toutes les souffrances possibles et continuent de mettre au service de la violence leur créativité technologique et d’immenses moyens financiers. Surabondance et gaspillage cohabitent avec indigence, pénuries et famines.

L’anthropophagie structurelle ne cesse de se renforcer sous la forme d’une guerre économique mondiale et radicale. L’autre dérive dont la finalité risque de mener à l’éradication de l’espèce, concerne la lutte que mène le genre humain contre la nature. Faut-il incriminer la civilisation “hors-sol” qui, en éloignant la société de la nature, a du même coup réduit sa vision en confinant les corps et les esprits dans une sorte d’enclave exiguë au coeur d’un réel si vaste qui l’angoisse. La nature semble faire peur par sa complexité qui n’est pas réductible à des phrases, aussi cultivées soient-elles, ou à des équations simplificatrices. Elle est comme incompatible avec l’esprit mécaniste qui fragmente la réalité unitaire dans la diversité et le principe de la combustion, sur lequel toute la civilisation moderne est fondée et qui l’a rendue si vulnérable, comme on en fait aujourd’hui le constat très inquiétant.

Tous les événements et les mutations du monde d’aujourd’hui se font sur une biosphère dont on exige tous les biens possibles mais sans gratitude, et sans en prendre soin, puisque le bipède s’est autoproclamé souverain absolu. Les réflexes d’accaparement, d’accumulation, de spoliation, de destruction sont à l’oeuvre, servis trop souvent par une science obscurantiste qui, plus que toute autre activité humaine, a le pouvoir de leurrer les foules puisqu’elle est par définition la discipline sensée garantir la validité et le bien fondé de toutes les activités humaines. Elle est celle qui lie ou qui délie; ses verdicts sont irrévocables puisqu’elle s’attribue le magistère d’une clairvoyance affranchie de toutes les ignorances. Ces constats nous contraignent à réserver notre déférence non à la science mais au scientifique dont la conscience fait obligation de liberté à l’égard de tout ce qui porte atteinte à une éthique plus que jamais indispensable dans un monde où l’argent domine tout au risque de tous les préjudices infligés à l’humain et à la nature.

Ainsi, pour prendre un exemple crucial au coeur du débat d’aujourd’hui, les OGM proposés comme solution au problème de la faim dans le monde, et de la sécurité alimentaire en général, transforment tous les opposants à cette option, pourtant absurde, en superstitieux. Et l’on évoque, pour justifier l’obstination à imposer des innovations douteuses, les comportements antérieurs contre des propositions qui se sont révélées positives une fois la peur dissipée. Cela occulte toutes les appréhensions qui se sont révélées justifiées : l’amiante, les pesticides, les nitrates dans les sols, le talc morange, le dentifrice à l’hexachlorophene, etc. La liste est longue des craintes qui se sont révélées totalement fondées. Mais tout cela n’arrête pas la machine à produire, à endoctriner et à cloner les esprits pour obtenir sans cesse du consentement des foules dans une ambiance de divertissement de masse, de manipulation mentale à grande échelle. Ajouté au souci du quotidien, cela ne laisse aucun espace à l’esprit et à la pensée pour exercer la fonction qui leur incombe, à savoir réfléchir, choisir, agir librement en toute connaissance et conscience.

Dans cette nébuleuse d’incohérence généralisée, même la problématique alimentaire qui ne concerne rien moins que la survie physique de chaque citoyenne et citoyen, sans aucune exception, et dès leur conception, est banalisée. Celle-ci est comme usurpée par la confrérie internationale du lucre et du profit sans limites et sans âme. Les conditions pour cette confiscation sont d’autant plus favorables que l’urbanisation concentre des êtres humains très nombreux qui nécessitent une nourriture abondante sans qu’ils ne participent à la produire. Cette fonction est réservée à un nombre de plus en plus restreints d’industriels de la terre qui contribuent à l’élimination graduelle et planifiée des petits paysans dans le monde en général et en occident en particulier.

Ainsi, la friche est en extension et l’espace rural se désertifie faute de ses intendants traditionnels. Dans les années 80, un camion de tomates a quitté l’Espagne pour livrer en Hollande. Un autre camion de tomates a quitté la Hollande pour livrer en Espagne. Hasard ou signe du Ciel ? Les deux camions se sont percutés dans la Vallée du Rhône et les tomates hollando-espagnoles ont ainsi pu faire connaissance ! Cette sorte de message est d’autant plus fort qu’il met en évidence, par la dérision, l’inintelligence d’un comportement qui s’estime d’autant plus rationnel qu’il a l’art de complexifier la simplicité.

Rien ne voyage plus que la nourriture du tiers nanti. Ainsi, le consommateur va acquérir des denrées anonymes qui auront fait le tour du monde avant de transiter clandestinement par son estomac alors que des denrées dûment identifiées, traçabilisées, pourraient être produites sainement, sur son territoire de proximité, au moment opportun pour son équilibre physiologique. L’énergie économisée, le moindre encombrement des routes et les nuisances évitées, le travail fourni aux petits producteurs locaux constitueraient des avantages économiques, écologiques et humains, dignes d’une option politique intelligente. Mais peut-on encore espérer de l’intelligence lorsque la loi du marché domine et inspire jusqu’à l’aménagement du territoire et une politique foncière subordonnée à la seule spéculation qui met en danger les biens communs les plus vitaux au grand détriment des générations à venir.

Après la millénaire civilisation agraire qui maintenait les humains proches de leur source de vie, la civilisation vouée au principe minéral (la matière morte !) les en a éloignés. C’est la raison pour laquelle la terre nourricière est l’élément le plus méprisé et ignoré de la grande majorité de la communauté scientifique, des intellectuels, des politiques, des artistes, des religieux, du peuple en général. Pourtant, la terre nourricière est le principe premier sans lequel rien d’autre n’est possible. Il devrait par conséquent faire légitimement l’objet de la vigilance et de la protection de tous. Etrange et dangereuse ignorance au sein d’une société surinformée sur tout sauf sur l’essentiel.

Ainsi, la terre, organisme vivant, à laquelle nous devons la vie et survie, est-elle livrée comme une courtisane aux gagneurs d’argent et à l’inconséquence de l’industrie qui détériore son intégrité en la réduisant à un substrat
destiné à recevoir des produits chimiques et des pesticides de synthèse dont les conséquences négatives sur la santé publique ne sont plus à démontrer. Une agriculture qui ne peut produire sans détruire porte en elle les germes de sa propre destruction. Le temps est déjà venu où, au moment des repas, plutôt que de se souhaiter bon appétit, mieux vaut se souhaiter bonne chance.

Ce que les citoyens ignorent également, c’est que parallèlement aux menaces climatiques, un tsunami alimentaire mondial est de plus en plus probable. Il n’est pas nécessaire de consulter les oracles pour vérifier cette hypothèse. Il suffit de réunir divers paramètres concernant cette problématique, malheureusement dans une conjonction et une concordance négatives, pour le comprendre ou ne pas vouloir le comprendre.

1) L’érosion accélérée des sols par l’eau, le vent et les pratiques aratoires inconsidérées qui compactent et asphyxient les sols, et un machinisme de plus en plus violent.
2) La destruction des métabolismes naturels de la terre arable par l’agrochimie, avec les conséquences qui en découlent directement : pollution des eaux, des environnements naturels, atteinte à la santé publique....
3) La perte considérable d’une biodiversité végétale et animale sauvage et domestique, patrimoine vital de l’humanité, constitué depuis 10 à 12 000 ans, tout au long de la prodigieuse épopée de l’agriculture.
4) Les manipulations génétiques aveugles, le brevetage et la privatisation du vivant qui détroussent les peuples de leur patrimoine génétique millénaire pour les rendre dépendants de semences non reproductibles et aux conséquences sur la santé et l’environnement mis en évidence par des tests scientifiques rigoureux.
5) L’élimination des paysans, qui ont toujours entretenu sur l’ensemble des territoires une alimentation diversifiée, au profit de macrostructures de production, de transformation et de transports incessants, aggravant ainsi considérablement la dépendance des populations à l’égard d’un système aléatoire et arbitraire. Le moindre obstacle à l’acheminement ou à la production se traduisant par un déficit instantané compte tenu des stocks inexistants.
6) La folie des carburants végétaux qui se prépare à faire de la terre nourricière, dont le magnifique magistère est de nourrir l’humanité, une pourvoyeuse de combustible pour entretenir la frénésie de la mobilité à tout prix; la raréfaction et la cherté du pétrole auront fatalement une incidence sur la production et pénaliseront plus particulièrement l’agriculture du tiers monde, compte tenu de l’équation 3 tonnes de pétrole pour 1 tonne d’engrais.
7) La surconsommation de protéines animales, sur le ratio 12 protéines végétales pour une protéine animale, qui mobilise des superficies de terre importantes affectées à l’alimentation animale. Par ailleurs, quels que soient les choix alimentaires (végétariens ou non), la condition qui est faite aux animaux, considérés soit comme des masses de protéines ou des machines à produire des protéines, est intolérable. Cette condition est indigne d’une société qui se prétend évoluée. Des expériences d’animaux élevés à l’air libre et à l’herbe se sont révélées très pertinentes et intelligentes.
8) Les changements climatiques ajoutent à tous ces paramètres, pour la plupart réformables si nous en avons la volonté, des facteurs imprévisibles sur lesquels les humains n’ont aucune maîtrise. Des phénomènes tels que sécheresse aiguë, inondation, élévation ou baisse anormale de températures ont déjà lieu dans le temps immédiat.
Et il n’est pas superstitieux de penser qu’ils peuvent atteindre des amplitudes cataclysmiques et faire que nos projets n’aient pas de lendemains.

Il semble, en effet, que nous entrons dans une ère où l’homme planifiera et la nature décidera – et mettra des limites. Contrairement à une illusion entretenue pour nous rassurer, nous ne dominons pas la nature. Comprendre et intégrer cette évidence est une preuve de réalisme, de lucidité et d’intelligence.

En guise de conclusion.....
Si ces quelques considérations sont justes, elles doivent logiquement inspirer des solutions pour éviter le pire. Et le pire serait, on l’aura compris, une crise alimentaire mondiale de grande envergure. Cette crise est déjà une réalité douloureuse sur la planète. Son extension aux pays nantis semble impossible, et cette certitude est très dangereuse. Il ne peut y avoir d’avenir alimentaire fiable sans une politique fondée sur la répartition de la production sur l’ensemble des territoires.

L’omniprésence d’une nourriture saine et abondante, son accès direct par tous les citoyens, dans la plus grande proximité et sans les transferts et transports incessants, relèvent du bon sens le plus élémentaire. Cette disposition
doit faire partie des grandes options nationales et internationales.
Produire et consommer localement tout en échangeant la rareté devrait être un slogan universel: pour cela, une politique foncière considérant la terre nourricière, l’eau, les semences, les savoirs, les savoir faire comme bien commun inaliénable doit être établie.

En attendant ces dispositions inspirées par un réalisme élémentaire, cultiver son jardin quand cela est possible, devient, au-delà d’une activité alimentaire, un acte politique et de légitime résistance à une logique de monopole fondée sur des critères strictement lucratifs et aléatoires. Un nouvel inventaire des ressources est à faire. Et toutes les actions de sauvegarde, de réhabilitation, et de propagation des ressources absolument vitales devraient être soutenues et considérées comme actes civiques. En effet, au-delà des considérations marchandes, elles ont pour souci la survie du genre humain, avec les moyens que ce genre humain a édifié depuis les origines.

Les ressources font donc partie du patrimoine de l’humanité d’hier, d’aujourd’hui et de demain, et ne peuvent être ruinées, confisquées ou occultées sans préjudice matériel et moral infligé à toute l’humanité. Tels sont en tout cas les fondements de notre engagement et de notre insurrection de conscience pacifique et déterminée.
Par Sylvie Boussand - Publié dans : Ecologie - Communauté : Résistance 2007
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Vachane en bref

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