Dimanche 16 mai 2010
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Je suis silencieuse en ce moment. Matraqué de toute part par les "nouvelles" qui se superposent les unes aux autres, donnant ainsi très peu de chance à la "nouvelle" qui mériterait d'être
entendue, mon petit cerveau a mis en sommeil mes oreilles afin qu'il puisse se concentrer sur une tâche bien plus importante que l'ouïe : la réflexion.
Modeste, la réflexion, mais réflexion tout de même. Où allons-nous ? Foin de métaphysique ou de branlette intellectuelle, certains "philosophes" estampillés valeur sûre chez les éditeurs se
chargent très bien de ce travail d'éboueurs du prêt à penser, confortés dans leur nombrilisme par la claque médiatique qui fait ses choux gras avec ce bouillon de culture insipide.
Donc, où allons-nous ? Là où nous voulons, où là où l'on veut nous amener ? J'ai fermé aussi quasi toutes les fenêtres TV et radio : deux oreilles de moins pour déverser la langue de bois ne
changera rien, mais du moins ces deux oreilles là, auxquelles je tiens puisque miennes, pourront-elles si c'est encore possible se reposer et se mettre en mode écoute interne.
La crise. Les crises. Celles que personne n'a vues venir, à part bien sûr et comme toujours ceux qui ont (un peu) poussé à la roue et continuent d'engranger ce faisant quelques substantielles
rentrées d'argent ; certains sont restés sur le carreau, tel Maddof ; icône expiatoire d'un système capitaliste dévorant et ses parents et ses enfants. Je garde le souvenir ému des victimes
pleurnichantes du susnommé, de leurs millions envolés : adieu veaux, vaches, cochons… ainsi sont les cruches, à trop vouloir surfer sur les liquidités, elles se brisent. J'ai gardé ma compassion
pour d'autres. Mais pour un Maddof, au crépuscule d'une vie, combien de brigands encore en liberté ?
Trop. Bien trop. Le problème, finalement, c'est qu'ils nous ressemblent. Ou il serait mieux de dire que nous leur ressemblons. Quel être humain n'espère pas mieux que ce dont il dispose ? Quand
bien même il aurait déjà à suffisance, voir bien au delà de la suffisance ? Toujours plus. Dire que les richesses que la terre contient ne sont pas infinies, c'est enfoncer une porte ouverte.
Alors, ne resterait-il que l'argent ?
L'argent, sonnant et trébuchant, ou virtuel, un peu comme les 750 milliards que l'Europe a trouvé dernièrement, Pour en faire quoi ? Les donner, au premier ultimatum, au consortium banquier ou
financier qui le digèrera aussi vite qu'il l'aura obtenu ? Pour entasser encore, et après ? Au bout du bout, quand le dernier magnat, peu importe sa nationalité, aura accaparé ce qui peut l'être
encore, qu'en fera-t-il ?
Un seul lit suffit pour dormir, un seul repas par jour suffit à ne pas mourir, un seul litre d'eau potable par jour et par personne permet d'attendre l'aube suivante… combien de lits inoccupés,
combien de nourriture gaspillée ou jetée, combien de litres d'une eau souillée et ainsi rendue impropre à la consommation humaine chaque jour ? Combien de transactions financières chaque jour,
combien de trilliards échangés par dessus les continents, d'un seul clic de souris ? Combien de sourires béats après une journée de spéculation avant de s'endormir du sommeil du juste un peu trop
aux ordres des cannibales ?
Le temps des barbares est revenu. Des barbares rasés de frais, fleurant bon la cologne et la certitude absolue d'être les maîtres du monde. Nos gouvernements sont à genoux, et pour ne point
mettre la tête dans la fange nous y précipitent par nations entières. Et ce serait eux les puissants ? Eux qui sont à genoux ? De leur seule volonté, ou devrais-je dire, de leur seule lâcheté ?
Il devient urgent que les peuples des nations se lèvent ; il est encore temps, très largement temps, contrairement à ce que les pleutres et les agioteurs voudraient nous faire croire. Où
allons-nous ? Nous allons nous lever. L'homme est fait pour vivre debout. Il ne restera qu'à marcher, ainsi que l'ont fait avant nous nos mères et nos pères, et les mères et les pères qui étaient
là avant eux. Il sera temps de se coucher à la fin de notre vie. Mais pas encore. Pas encore.
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