Dimanche 12 avril 2009
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Alex Türk : "Concernant Facebook, je suis extrêmement inquiet, affolé même "
Alex Türk, le président de la CNIL, la Commission nationale de l’informatique et des libertés réagit à la nouvelle affaire Facebook qui
entendait s’arroger un droit de propriété à vie des données des internautes, y compris des années après avoir quitté le réseau social. Ce sénateur du Nord (divers droite), maître de conférence de
droit public, dit son pessimisme devant le peu de considération des acteurs de l’Internet pour la protection et l’intégrité des données personnelles.
(par Christophe Alix)
Quelle est votre réaction lorsque vous entendez qu’un réseau social fréquenté quotidiennement ou presque par 175 millions d’utilisateurs déclare
que les données publiées seront désormais sa propriété à vie ?
Je suis extrêmement inquiet, affolé même. Il faut que les jeunes qui utilisent ces réseaux sociaux comme Facebook comprennent qu’il n’y a aujourd’hui aucune garantie de maîtrise des informations
qu’ils mettent à disposition sur ces sites, aucune protection juridique d’aucune sorte. Licence ou pas, ma première réaction est de recommander à tout le monde la plus grande attention.
Que peut-on faire de plus ?
Si l’on va plus loin, ce qui est notre rôle à la CNIL, il faut s’attaquer à ces questions sous l’angle juridique. Et le problème, c’est qu’il y a un fossé abyssal aujourd’hui entre la conception
américaine des données personnelles qui sont pour eux des données purement commerciales et la conception européenne où il s’agit d’attributs de nos personnalités. Chez eux, on fait du
« profiling », on ne fixe pas de durée ou de limite à l’exploitation de ces données ou à leur propriété.
On ne peut pas les amener à changer d’avis ?
Les sociétés de droit américain qui dominent l’Internet ne se sentent pas tenues par les règlementations européennes et la moitié de mon activité aujourd’hui consiste justement à solutionner ce
problème en parvenant à un « modus vivendi » juridique avec les Américains. Avec le groupe « Article 29 » qui regroupe les 27 CNIl de l’Union européenne, on essaie
actuellement de se mettre d’accord sur une recommandation qui pourrait sortir au printemps.
Que dit-elle ?
Elle fixera des règles en indiquant à tous ces réseaux sociaux ce qui nous paraît raisonnable. Ce ne sera pas une loi contraignante mais pas non plus un simple cadre informatif. Ce sera la norme
européenne en la matière et on ne peut qu’espérer que ces acteurs économiques l’appliqueront avec fair-play afin notamment, de ne pas nuire à leur réputation. En attendant, prudence...
Quels sont les domaines où l’absence de contrôle et de protection des données personnelles ont les conséquences les plus
dommageables ?
Depuis quelques semaines, nous sommes submergés par les affaires liées aux problèmes de recrutement. Les recruteurs, et comment pourrait-on leur en vouloir à part sur un plan strictement éthique,
utilisent de manière systématique les moteurs de recherche et les réseaux sociaux pour pister leurs candidats à un emploi. Le CV devient quelque chose de complètement accessoire. Or, ce que l’on
a fait à 20 ans ne doit pas vous gêner dix ans plus tard lorsque vous cherchez un boulot, alors même que vous avez changé, évolué. C’est ce que j’appelle la menace de la dilatation du présent
numérique, une véritable bombe à retardement dont on commence à peine à prendre conscience. A la CNIL où nous recrutons beaucoup en ce moment, nous avons pris un engagement : ne
« facebooker » personne. Même si c’est parfois très tentant !
Chacun en somme doit avoir le droit à un oubli numérique...
Mais c’est la loi en Europe, pas un concept philosophique ! La maîtrise des informations publiées dépend de vous ou de vos amis mais pas leur durée de conservation qui dépend des sites.
C’est pourquoi nous avons des discussions avec les moteurs de recherche pour les amener à réduire cette durée. On pense que six mois est quelque chose de bien pour Google par exemple, alors
qu’eux restent sur 9 mois. L’important, c’est que l’on discute et c’est ce à quoi il faut parvenir avec ces nouveaux réseaux sociaux afin de parvenir là aussi à des durées de conservation des
données raisonnables.
Ce phénomène n’est-il pas accentué par la gratuité quasi-généralisée de tous ces sites qui n’ont d’autre moyen, pour rentabiliser leurs
activités, que d’exploiter de manière systématique et parfois abusive ces données personnelles ?
C’est très révélateur, on parle toujours d’utilisateurs sur ces sites, ou de membres, jamais de clients. Et à la différence du droit commercial classique, les choses ne sont pas claires du tout
alors que l’on est dans un échange quasi-contractuel. Vous me donnez vos données personnelles, vous acceptez que je puisse les commercialiser et en échange vous ne me devez rien pour accéder au
service ! Les acteurs de l’Internet jouent aujourd’hui sur cette ambigüité et c’est malsain. Il faut d’urgence inventer les nouveaux concepts juridiques qui permettront de clarifier cette
situation, de définir un droit de l’internaute. Mais je le répète : ce que je vois aujourd’hui ne me pousse pas du tout à l’optimisme.
jeudi 19 février 2009 © Ecrans
j'y suis :-) ...
merci
pour Copains d'avant, suis pas trop au courant ; voir Lady Marianne pour plus d'infos.
Je ne suis sur aucun site, en dehors de OB depuis février dernier…
Mais ces "échanges" de fichiers etc laissent songeur :
est-il bien spécifié dans les conditions générales que les données peuvent être cédées ou vendues ?
A voir…
Bises
je suis dans l'oeuf de Pâques jusqu'au cou, j'émerge...Sais tu que LM publie un article sur un sujet quasi similaire, "copains d'avant" revend les données perso des internautes à un site, en tapant le prénom et le nom de son mari, ses données perso s'affichent.
Je crois qu'il est difficile de se protéger,...malheureusement ! big brother est sur la toile.
BIZ
pas normal, mais pas étonnant. La vente ou l'échange de fichiers est un sport assez vieux maintenant,
et avec le net, big accélération. Ces sites sont gratuits pour l'utilisateur, faut qu'ils trouvent
à faire de l'argent avec ce qu'ils ont… donc pub et revente fichiers. CQFD.
Moralité : si tu veux pas, t'y vas pas du tout, ou t'y va mais mollo sur les infos !
Et big brother sur la toile, c'est aussi évident que le nez au milieu de la figure !
Bises Luz, et fais gaffe à l'indigestion…
On a beau avoir collé le logo copyright sur notre blog, il n'est pas reconnu par la loi américaine.
C'est pour cette raison que certaines de mes créations littéraires ne figurent pas sur le blog.
Bonne fin d'après-midi.
ce qui est bien avec OB, c'est qu'il s'agit d'une société française, donc soumise aux lois françaises.
Cependant, ce qui est sur le net n'est protégé que virtuellement…
donc tu as raison d'être prudente.
Grosses bises Francien, et bonne soirée.