Dimanche 9 août 2009 7 09 /08 /Août /2009 08:04

Depuis le temps que l'on grignotte nos droits, que l'on réduit nos espérances, que l'on nous enlève petit à petit ce qui faisait de nos vies NOTRE vie, notre personnalité, notre différence, qu'allons-nous devenir si nous n'y prenons pas garde ?
Des zombis formatés par une éducation réduite à la portion congrue, moulinés à l'audimat des TV commerciales quand elles ne sont pas sous le contrôle direct des gouvernants ou de leurs aficionados ? Des bénis oui-oui qui, après avoir tout accepté, seront encore assez stupides pour lécher la main qui les aura plongés dans l'indigence et aura obscurci pour de très longues années tout espoir d'un lendemain meilleur ?
Coluche disait : "Dites-nous de quoi vous avez besoin, on vous expliquera comment vous en passez"… ; attendrons-nous d'avoir tout perdu pour enfin relever la tête et se réveiller d'une léthargie mortifère ?

Lisez cet excellent texte de Olivier Clerc.
C'est une métaphore d'une actualité… brûlante.


Imaginez une marmite remplie d’eau froide,  dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la  marmite. L’eau se chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue de nager. La température commence à grimper. L’eau est chaude. C’est un peu plus que n’apprécie la grenouille ; ça la fatigue un peu, mais elle ne s’affole pas pour  autant. L’eau est maintenant vraiment chaude. La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle est aussi affaiblie, alors elle supporte  et ne fait rien. La température de l’eau va ainsi monter jusqu’au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir, sans jamais s’être extraite de la marmite.

Plongée dans une marmite à 50°,  la grenouille donnerait immédiatement un coup de pattes salutaire et se retrouverait  dehors.

Cette expérience (que je ne recommande pas) est riche d’enseignements. Elle montre que lorsqu’un changement négatif s’effectue de manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps pas de réaction, pas d’opposition, pas de révolte.

C’est exactement ce qui se produit dans la société où nous vivons. D’année en année, on observe une constante dégradation des valeurs, laquelle s’effectue cependant assez lentement pour que personne - ou presque - ne s’en offusque. Pourtant, comme la grenouille que l’on plonge brusquement dans de l’eau à 50°, il suffirait de prendre le Français moyen du début  des années 80 et, par exemple, de lui faire regarder la TV d’aujourd’hui ou lire les journaux actuels pour observer de sa part une réaction certaine de stupéfaction et d’incrédulité. Il peinerait à croire que l’on puisse un jour écrire des articles aussi médiocres dans le fond et irrespectueux dans la forme que ceux que nous trouvons normal de lire aujourd’hui,  ou que puissent passer à l’écran le genre d’émissions débiles  qu’on nous propose quotidiennement. L’augmentation de la vulgarité et de la grossièreté, l’évanouissement des repères et de la moralité, la relativisation de l’éthique, se sont effectués de telle façon  - au ralenti - que bien peu l’ont remarqué ou dénoncé.

De même, si nous pouvions être subitement plongés en l’an 2022 et y observer ce que le monde sera devenu d’ici là, s’il continue de dévaler la pente sur laquelle il se trouve,  nous en serions sans doute encore plus interloqués, tant il semble que le phénomène s’accélère (accélération rendue possible par la vitesse à laquelle nous sommes bombardés d’informations nouvelles et en oublions le reste). Notons d’ailleurs que les films futuristes s’accordent pour ainsi dire tous à nous présenter un futur certes " hyper-technologique "  mais surtout des plus lugubres.

Chaque fois qu’un changement est trop faible, trop lent, il faut soit une conscience très aiguisée soit une bonne mémoire pour s’en rendre compte. Il semble que l’une et l’autre soient aujourd’hui chose rare.

Sans conscience, nous devenons moins qu’humain.

Sans mémoire, nous pourrions passer chaque jour de la clarté à la nuit (et inversement) sans nous en rendre compte, car les changements d’intensité lumineuse sont trop lents pour être perçus par la pupille humaine. C’est la mémoire qui nous fait prendre conscience a posteriori de l’alternance du jour et de la nuit.

Gavée par trop d’informations inutiles, la mémoire s’émousse.

Abrutie par un excès de stimulations  sensorielles, la conscience s’endort.

Et notre civilisation s’enfonce ainsi dans l’obscurité spirituelle, avec le délitement social, la dégradation  environnementale, la dérive faustienne de la génétique et des biotechnologies, et l’abrutissement de masse - entre autres symptomes - par lesquels  elle se traduit.

Le principe de la grenouille dans la marmite d’eau est un piège dont on ne  se méfie jamais trop si l’on a pour idéal la recherche de la qualité,  de l’amélioration, du perfectionnement, si l’on refuse la médiocrité,  le statu quo, le laisser-faire.

Incidemment, ce principe fonctionne aussi au  positif et même en cela il peut nous jouer des tours. Les efforts que l’on  fait quotidiennement provoquent eux aussi des changements - positifs, cette fois  - mais parfois trop faibles pour être immédiatement perçus ; ces améliorations sont pourtant bien là, et à ne pas les observer, certains se laissent décourager à tort.

Comment, alors, ne pas succomber au piège du principe de la grenouille dans la marmite d’eau, individuellement ou collectivement ?

En ne cessant d’accroître sa conscience, d’une part, et en conservant un souvenir intact de l’idéal et des buts que l’on s’est fixés.

L’entraînement et le développement de la conscience sont l’un des points  communs de toutes les pratiques spirituelles : conscience de soi, conscience du corps, conscience du langage, conscience de ses pensées, conscience de ses émotions, conscience d’autrui, etc. Au-delà de tout dogme, de toute doctrine, de toute idéologie, l’élargissement et l’accroissement de  la conscience devraient donc être considérés - bien plus que le développement des seules facultés intellectuelles - comme un comportement  fondateur de notre statut d’humain et comme un moteur indispensable à notre  évolution.

2005 © Olivier Clerc
Par Sylvie Boussand - Publié dans : Vach'ment bien dit - Communauté : Résistance 2007
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