Vachane, le blog
La trêve estivale ne suffira pas, à elle seule, a enrayer le jeu stupide et stérile des petites phrases. Cela aura le mérite, pour qui se soucie fort peu de sens et de réflexion, de noyer un peu plus les esprits dans le marigot nauséabond de l'immédiateté et de la facilité.
Il fut un temps où la légion, sautant sur Kolvezy, libérait des otages européens détenus par les insurgés katangais. D'autres opérations, sans doute moins médiatisées, permirent aussi à des forces françaises d'exfiltrer ou de rapatrier des compatriotes coincés dans un conflit, là bas, ailleurs… en Côte d'Ivoire, il y a peu.
Je ne sais pas si les détachements français en Afghanistan auront permis de sauver des vies, ou de changer le quotidien et surtout le futur des femmes et des petites filles afghanes ; ce que je sais, par contre, c'est qu'ils sont désormais 70 militaires a avoir perdu la vie. Leur vie. Des gamins pour la plupart, nos gosses, nos garçons.
Eva Joly (dont je reste persuadée qu'elle pourrait être un très bon ministre de la justice) a exprimé son sentiment au sujet du 14 juillet : pas de quoi fouetter un chat, si tant est que quelque chat que ce soit mérite d'être fouetté… Fillon, drapé dans une beaufitude ridicule, a enfoncé le clou de l'insignifiance de cette petite phrase irréfléchie en lançant une œillade racoleuse et fielleuse en direction des bons français estampillés baguette saucisson mauvais rouge qui tache… Elégant.
Je fais parti des zozos qui aiment bien regarder le défilé du 14 juillet en buvant mon café : Paris, c'est loin pour moi. Je fais parti des zozos qui regardent les visages de celles et de ceux qui, un jour, peuvent perdre la vie pour sauver, peut-être, la mienne et celle de mes voisins. Car nous vivons des temps incertains, et les vivrons encore longtemps. Un rendez-vous annuel avec nos armées est-il à ce point incongru qu'il faille le vouer aux Gémonies ?
Je préférerai vivre dans un monde où les armées seraient devenues un souvenir de livres d'histoire ; ce jour viendra. Mais pas aujourd'hui, pas encore. L'humanité n'est pas rendue à ce point de rendez-vous avec sa propre volonté d'un monde en paix.
J'aimerai souligner un point : ces militaires du rang, tombés sur une terre qu'ils n'ont pas choisi comme dernier horizon, auront-ils droit aux honneurs ? Auront-ils droit à cette Légion d'honneur, plus haute décoration instituée en 1802 par Napoléon pour récompenser les hauts mérites militaires ou civils rendus à la Nation ?
Non, bien sûr. Et d'ailleurs, que feraient-ils auprès d'une Fadela Amara, d'une Christine Boutin ou d'une Jeannie Longo, "épinglées" pour le nouvel an 2011 ? La liste des "peoples" épinglés année après année est longue, longue comme la cohue des assoifés de reconnaissance instrumentalisés avec leur consentement pour une mascarade qui en dit, bien plus que les propos de Madame Joly, très long sur l'estime des plus hautes autorités sur le dévouement des sans grades et des soutiers de la république, inconnus et valant bien moins en terme d'images médiatiques qu'un ventre qui s'arrondit fort opportunément ou un plat de nouilles aux truffes…
Reste une question de syntaxe qui interpelle : servir la Nation, ou se servir de la Nation ?
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