Partager l'article ! La milliardaire, le gigolo, et le ma(ri)got de l’UMP: Il est des fables qui ne dépareraient pas le bestiaire imaginé par Monsieur de la Fonta ...
Il est des fables qui ne dépareraient pas le bestiaire imaginé par Monsieur de la Fontaine. Il en est une qui tourne à la farce, mâtinée de pièce de boulevard, avec révélations à
rebondissements, secrets d'alcôve et de polichinelle, et une chronologie qui laisse peu de place au hasard. Le hasard n'existe pas en politique.
Alors qu'une commission d'enquête parlementaire vient de se pencher avec le plus grand sérieux sur le "désastre" de l'équipe de France lors de la Coupe du Monde, ce dont je me foot éperdument, un nouvel épisode politico-financier-mondain prend la relève du tohu-bohu médiatique, érigé en grande cause nationale apte à distraire le populo de la réforme drastique de notre système de retraite.
Il faut, pour saisir l'ampleur de l'arnaque émotionnelle, se concentrer sur l'essentiel. Et l'essentiel, en l'occurrence, est la chronologie évoquée ci-dessus, qui en dit plus long que de grands effets de manches sur le cap suivi par notre pays vers les rivages d'une république bananière.
Une famille, la famille Bettancourt, se trouve sous les feux des projecteurs. Dans son sillage, Eric Woerth, actuel ministre du travail, en charge de la réforme des retraites, sous couvert de rigueur budgétaire. Et se met en place un puzzle dont le dessin final ne fait pas rire du tout : nous avons sous les yeux le résultat d'années de dérives où le fric roi justifie tout, même l'injustifiable.
Cette chronologie nous démontre aussi, et c'est un point important, que le conflit juridique d'ordre privé opposant Madame Bettancourt à sa fille n'a pas d'incidence sur l'affaire, hormis les enregistrements livrés à la justice. Car depuis novembre 2007, le fisc d'abord, la justice ensuite, auraient pu enquêter à loisir. Si cela n'a pas été fait, je vous laisse le soin de deviner pourquoi. Et de deviner sur ordre de qui.
2007 - Mars - Eric Woerth, trésorier de l’UMP, vient en Suisse pour collecter des fonds pour la campagne de Nicolas Sarkozy, auprès des donateurs français installés à Genève. Bilan : 7 millions d’euros. Un banquier suisse déclarera, en novembre 2009, alors qu’éclate “l’affaire” des 3000 noms de contribuables français ayant des avoirs dans des banques suisses : “Eric Woerth ne cherchait pas alors (mars 2007) à savoir si les chèques qu’on lui remettait étaient prélevés sur des comptes suisses non déclarés au fisc français."
2007 - Novembre - Les allemands fournissent à Bercy une liste de 500 noms de français, expatriés fiscaux au Liechenstein. Eric Woerth est ministre du budget. Parmi les noms, celui de François-Marie Banier. Deux cents noms sur les 500 sont épluchés, dont ce dernier. Depuis 2001, M. Banier est “très” proche de Liliane Bettancourt, qui lui aurait au fil du temps octroyé sous des formes diverses pas moins de 900 millions d’euros. Le nom de Liliane Bettancourt ne peut pas avoir échappé à cette occasion aux limiers du fisc, spécialisés dans l’évasion fiscale. Mais rien ne sort.
2007 - Novembre - Madame Woerth est embauchée par Clymène, holding dont la seule raison d’être est la gestion de la fortune de Liliane Bettancourt en tant que "Directeur de la Recherche et des Investissements". Un banquier suisse relèvera que Madame Woeth a passé beaucoup de temps à Genève dans le cadre de son travail pour Clymène, ce que son époux ne pouvait ignorer.
2008 - Janvier - Eric Woeth remet la légion d’honneur à Patrice le Maistre, accessoirement patron de son épouse, responsable de Clymène, et conseiller avisé de Liliane Bettancourt.
2008 - Mars - Le fisc rembourse 30 millions d’euros à Liliane Bettancourt, au titre du bouclier fiscal. La demande de remboursement a été effectué entre fin janvier et début février 2008.
2009 - Octobre - Conférence de presse à Bercy, au cours de laquelle Eric Woerth, ministre du budget déclare :
“Lutter contre la fraude aux finances publiques est une priorité en raison de son impact financier, particulièrement intolérable en période de déficits publics importants mais aussi, et surtout, pour des raisons de justice : la fraude mine la solidarité nationale, porte atteinte à la confiance de nos concitoyens dans l’efficacité de l’action publique et l’équité de notre système de prélèvements et de prestations.
Comment tolérer que des individus ou de véritables réseaux organisés profitent de notre système fiscal et social pour s’enrichir illégalement au détriment des autres : des citoyens, des services publics. Lutter contre les fraudes aux finances publiques est également une priorité du président de la République et du Premier ministre qui m’ont confié, il y a tout juste deux ans, la mission de coordonner l’action du Gouvernement et de l’ensemble des organismes impliqués dans cette action.”
2010 - Mars - Liliane Bettancourt signe un chèque de 7 500 euros à l’association de financement de l’association de soutien à l’action d’Eric Woerth (AFASAEW).
2010 - Avril - Eric Woerth, ministre du travail, entame la “concertation” avec les syndicats sur la réforme des retraites. Madame Woerth est pressentie pour entrer au conseil d’administrationde chez Hermès en juin prochain.
2010 - 7 Juin - Madame Woerth entre officiellement au conseil d’administration d’Hermès.
2010 - 21 Juin - La démission de Madame Woerth de son emploi chez Clymène est annoncée par… Eric Woerth. Qui semble (enfin ?) découvrir le conflit d’intérêt manifeste créé par cette situation.
2010 - 24 Juin - Le sénat adopte A L’UNANIMITE une proposition de loi redéfinissant le délit de PRISE ILLÉGALE D’INTÉRÊT. Un assouplissement pénal voté par des élus... pour des élus. Il s’agit en particulier de cet article, dont on comprend la nécessité ABSOLUE d’une réforme…
Art. L. 432-12. - Le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique ou chargée d'une mission de service public ou par une personne investie d'un mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de l'acte, en tout ou partie, la charge d'assurer la surveillance, l'administration, la liquidation ou le paiement, est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende.
Rappelons que la nomination de M. Pérol a la tête du groupe Caisse d’Epargne / Banque Populaire avait jeté le trouble, au vu justement de cet article du code pénal. M. Woerth est aussi concerné par cet article. Et pas seulement par le conflit d’intérêt.
2010 - 26 Juin - Patrice de Maistre reconnait dans un entretien au Figaro l'existence de deux comptes en Suisse non déclarés d'une valeur totale de 78 millions d'euros. Quant à l’ile d’Arros, planquée dans une fondation sise au Liechenstein… pas un mot.
2010 - Juillet - François Baroin, ministre du budget, annonce sa décision de saisir l'Inspection générale des finances (IGF) pour enquêter sur l'affaire Woerth/Bettencourt.
2010 - 13 juillet - le conseil des ministres se “penchera” sur le projet de loi portant réforme des retraites qui sera présenté au parlement en septembre prochain.
Bonnes vacances à tous !
Sources :
http://www.tdg.ch/actu/economie/genevagate-menace-bettencourt-woerth-2010-07-01 http://www.tdg.ch/actu/economie/editorial-vaut-parole-france-2010-07-01 http://www.toulouse7.com/2010/07/02/affaire-woerth-bouclier-fiscal-bettencourt
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