Mardi 16 février 2010
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RÉFORME DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES
La réforme des collectivités que s’apprête à voter le Parlement n’est pas un simple projet technique
comme essaie de le faire croire le gouvernement. En réalité, ce texte, au service des puissances de l’argent, est dans le droit fil du remodelage libéral de la France.
Non seulement il vise à réduire le rôle des collectivités territoriales, mais il
va anéantir la démocratie locale. Le soi-disant « millefeuille institutionnel » n’est qu’un prétexte pour justifier l’injustifiable. Il faut donc chercher ailleurs les raisons de cette
réforme.
En réalité, le gouvernement ne supporte pas que le moindre espace puisse
échapper à la boulimie libérale. Si elle était adoptée, cette loi lui permettrait de s’attaquer aux services publics locaux et plus généralement aux politiques publiques conduites par les
collectivités, dont le but est de répondre aux besoins des populations. Comme l’a avoué François Fillon, lui-même, il s’agit de livrer les services publics locaux aux intérêts financiers du
privé. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement fait en sorte que les exigences des habitants ne puissent plus être relayées localement.
C’est la raison pour laquelle il veut réduire le nombre d’élus locaux qui, par nature, sont les porte-voix des populations locales. En cassant ces points de résistance que sont les collectivités,
le gouvernement prépare le terrain du renoncement pour mieux laisser la place à de grandes métropoles avec les conséquences prévisibles : d’un côté, une désertification amplifiée pour les
territoires les plus reculés et de l’autre, une accumulation urbaine invivable.
De plus, ce projet va tailler à la hache dans les budgets des collectivités
(dotations en baisse, suppression la taxe professionnelle…) L’insuffisance des moyens ne permettra plus aux collectivités de réaliser les investissements nécessaires pour répondre aux besoins des
populations. Face à cette pénurie de moyens, les communes, les départements et les régions n’auront comme seule solution que l’augmentation des impôts locaux.
Par ailleurs, ce projet, inspiré par le rapport Balladur, s’inscrit totalement
dans les objectifs d’un libéralisme forcené. Il s’agit de créer des espaces de compétitivité à la hauteur des grands enjeux économiques inscrits dans la logique de l’Europe libérale. Ce
projet va donc concentrer la force de frappe économique des grands groupes industriels sur quelques grandes métropoles. Ces groupes bénéficieront des fonds publics des collectivités pour abreuver
leurs actionnaires… et tout cela au détriment des autres territoires qui seront laissés pour compte.
Enfin, comment ne pas voir les objectifs politiciens que cache cette réforme.
Son but étant de permettre à la droite et à l’Elysée de satelliser les collectivités pour s’accaparer tous les pouvoirs. Pour atteindre son but, la droite sarkozienne ajoute un scandale au
scandale que constitue déjà cette réforme en elle-même : c’est l’élection des futurs conseillers territoriaux, qui vont remplacer les conseillers généraux et les conseillers régionaux, au scrutin
uninominal à un tour. Ainsi, le candidat qui arrivera en tête au premier tour, même s’il ne rassemble que 25% des voix, sera élu. Autrement dit, le but du pouvoir est d’instaurer un Etat UMP dans
chaque collectivité pour avoir les mains libres dans tous les lieux de pouvoir. De plus, un tel scrutin, est un pas supplémentaire vers le bipartisme.
On le voit, cette réforme est un véritable séisme qui ébranlera les institutions
républicaines de notre pays. Il y a donc nécessité et urgence à riposter en dépassant le seul rassemblement autour des élus. C’est la population qui va payer le prix fort. Il faut donc sortir le
débat des seules institutions pour le porter sur la place publique. Un des enjeux du scrutin des 14 et 21 mars sera donc d’élire des majorités déterminées à s’opposer à ce projet et à ses
conséquences en utilisant tous les outils dont elles disposent. A ce titre, on ne peut que regretter le manque d’initiatives de l’Association des Régions de France (ARF) qui, depuis 6 ans et
malgré son écrasante majorité à gauche, n’a eu ni l’audace ni le courage politique de lancer la grande mobilisation qui s’impose pour combattre cette réforme.
Si les électeurs nous donnent la majorité, nous prenons l’engagement d’engager
un véritable bras de fer avec le pouvoir contre ce projet. Nous informerons et nous rassemblerons bien au-delà des seuls élus de la République. Face à de tels enjeux, non seulement un grand débat
public s’impose, mais il doit être conclu par un référendum.
Par Sylvie Boussand
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Publié dans : Régionales Auvergne 2010
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