Articles de presse

Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /2010 16:08

 

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26 Août 2010 - Par Pascal Maillard © - Edition : Les invités de Mediapart 

 

Pascal Maillard*, qui conduit des recherches sur les rapports entre littérature et politique à l'université de Strasbourg, propose une réflexion d'ensemble sur «l'insécurité et la xénophobie d'Etat». Face à la «violence pure» du gouvernement, il appelle à «une éthique de la résistance».

 

 

A Tony Gatlif, aux « Bohémiens en voyage », à tous les sans-papiers,

                           « Aux captifs, aux vaincus !... à bien d'autres encor ! »

 

 

Peu le voient. Certains commencent à le soupçonner. La chose transpire dans maintes analyses, mais n'accède pas à une formulation directe, comme si cette vérité devait demeurer forclose en raison de sa monstruosité. Comme si au cœur de cette évidence il y avait un vide impensable. Il est urgent pourtant d'en formuler au moins l'hypothèse et d'en interroger la validité : le premier agent de l'insécurité, de la xénophobie et de la violence est devenu aujourd'hui notre gouvernement, leur principal producteur notre Etat, leur premier responsable notre président.

C'est un fait unique dans l'histoire de notre République finissante : un homme a inventé l'insécurité et la xénophobie d'Etat comme stratégie de gouvernement et arme politique. Il les a inventées et mises en œuvre méthodiquement, intentionnellement. Non seulement comme un moyen de reprendre la main quand les plus graves soupçons pèsent sur le sommet de l'Etat et sur le parti majoritaire, non comme une simple « diversion » circonstancielle et communicationnelle en période de grave crise économique et sociale, mais bien comme un continuum idéologique et une pratique politique destinée à asseoir et conserver un pouvoir qui nous fait sortir un peu plus chaque jour de la légalité républicaine, des règles démocratiques et du respect de nos institutions.

 

Les théories d'une rupture politique ou d'un virage récent vers l'inadmissible - « durcissement », « radicalisation », lit-on un peu partout - sont aujourd'hui insuffisantes. Sarkozy et ses conseillers ont inventé l'insécurité programmatique, l'insécurité comme programme électoral et projet politique. Ni diversion, ni dérive, mais une ligne idéologique, un choix délibéré, pensé et assumé, un système avec des fondamentaux puisés directement dans la pensée de l'extrême droite, avec son langage propre, son révisionnisme de l'histoire, son gouvernement par la peur et cette violence pure qu'il faut bien commencer à penser afin d'identifier ce contre quoi nous avons à nous battre.

On ne lira pas dans les quelques réflexions qui suivent un déni d'insécurité. Le problème social, politique, économique est bien là. Il est même criant, toujours en attente de véritables solutions malgré la vingtaine de lois [1] relatives à la sécurité promulguées depuis 2002 sous la responsabilité directe de notre actuel président et dont on est en droit de douter de l'efficacité. Mais les cris de souffrance dans les quartiers difficiles sont aujourd'hui inaudibles, masqués par la doxa sécuritaire et xénophobe que véhiculent des médias dont la pratique quotidienne est de relayer la peur, la bêtise et la haine distillées par l'Etat et sa machine sécuritaire. 

 


 

 

1. Un gouvernement d'exception et des silences coupables

 

 

Le débat sur l'identité nationale lancé à l'automne dernier par Eric Besson n'a certainement pas été l'échec qu'on a dit. Même critiqué par les médias, décrié par les politiques, il a fait son œuvre dans l'opinion et a largement et volontairement préparé un espace de réception favorable aux propositions irresponsables et scandaleuses de ce sombre été 2010, un été d'exception où un quart du gouvernement a été sur le pont de l'insécurité. Aussi n'a-t-on pas suffisamment remarqué que ce sont pas moins de quatre ministres qui ont porté récemment un discours guerrier et violent sur l'insécurité, comme si tout ministère de ce gouvernement Fillon finissant brûlait ses dernières cartouches en s'arrogeant la compétence de traiter des questions de sécurité : Christian Estrosi, qui voulait punir les maires du haut de son ministère de l'Industrie, Eric Besson ministre de l'Intégration, de l'Identité nationale et du si mal nommé Développement solidaire, Nadine Morano, secrétaire d'État chargée de la Famille et d'une singulière Solidarité, qui accuse Marianne de salir les valeurs de la République et soutient le projet d'enfermement des parents défaillants, et bien sûr Brice Hortefeux qui fait oublier sa condamnation pour injure raciale en première instance par une hyperactivité estivale au service d'un vaste programme de démantèlement des camps de Roms, d'arrestations et d'expulsions des minorités les plus fragiles.


Ce discours à multiples détentes, savamment préparé et orchestré, a été encore relayé par quelques fidèles députés de l'UMP, dont son Secrétaire général, Xavier Bertrand, qui apporta son soutien à la proposition ubuesque de Christian Estrosi et renchérit dans Nice Matin en proposant une mesure frontiste : « remettre des gardes » aux frontières de l'Europe. Ce dispositif gouvernemental, lancé et étayé idéologiquement par le sinistre discours de Grenoble, permettrait à lui seul d'asseoir la thèse d'une xénophobie d'Etat. Mais la pertinence du concept  tient à ce que le traitement politique de la sécurité repose principalement, et depuis fort longtemps, sur un discours des plus hautes autorités de l'Etat qui stigmatise les minorités étrangères et certaines catégories de Français issus de l'immigration, au risque - avec la volonté  - de dresser les Français les uns contre les autres.

Les puissants médias dont Sarkozy s'est attaché les services, et quelques sondages, devenus des instruments de formatage de l'opinion bien plus que des outils d'analyse, parachèvent un dispositif qui apparaîtra à certains, avec un peu de recul, comme le plus gros coup de poker politique du quinquennat : recomposer le paysage de la droite française en la déportant vers son extrême, préparer 2012 sur les terres d'une nouvelle droite nationaliste, populiste et xénophobe, et au passage faire oublier les scandales financiers, la réforme des retraites, diviser le PS, autant de manœuvres qui seraient en passe de fonctionner très bien si de nombreuses voix ne s'élevaient enfin contre cette basse manœuvre politicienne. Mais rien ne nous assure un quelconque recul de Sarkozy - tout au plus sera-t-il tactique ou de façade - et le prix à payer de ce coup politique est déjà incommensurable : un renoncement aux valeurs premières de la République.

 

Face à cette déferlante de discours et de propositions, tout aussi ineptes et assurément inefficaces les uns que les autres, des silences sont consternants, que nul ne pourra oublier : Fadela Amara, Rama Yade, Bernard Kouchner et Frédéric Mitterrand mangent le chapeau de leurs dernières convictions - s'il leur en reste - et sombrent dans un renoncement coupable en manquant à leur devoir élémentaire de démission. Le silence de Michèle Alliot-Marie, bien plus grave, a une autre portée : nous attendions de notre ministre de la Justice et des Libertés qu'elle se portât garante de l'indépendance de la justice et du respect du droit. Il n'en fut rien. Son comportement dans l'affaire Woerth-Bettencourt a été très bien exposé dans divers articles de la rédaction de Mediapart [2].

 

Pour ce qui est de la défense des libertés, il est à craindre que les citoyens démocrates attendent longtemps l'exercice de cette responsabilité ministérielle, quand bien même le droit à la libre expression serait bafoué par l'Etat lui-même : la condamnation récente [3] de cinq militants du Réseau Education Sans Frontières (RESF) nous apprend qu'une simple comparaison historique entre la situation présente et la période de Vichy est désormais assimilable à un délit d'opinion. Il est vrai que les poursuites pour outrage aux autorités se multiplient depuis deux ans. Eric Fassin le signalait déjà dans une Lettre au Président [4] en juin 2009. Il est aussi vrai que « comparaison n'est pas raison », comme disait Etiemble, mais priver le penseur comme l'homme ordinaire de tout droit à l'association d'idée nous fait entrer directement dans le monde de Big Brother. Tel député UMP projetait récemment d'encadrer la liberté de la presse. Le sommet sera-t-il donc atteint quand tel autre zélateur de l'Etat-UMP proposera sérieusement l'établissement d'une censure légale?

On le voit suffisamment : les événements politiques de ces derniers mois sont d'une gravité jamais atteinte depuis les débuts de la cinquième République. La thèse d'une radicalisation tactique d'un gouvernement en difficulté et d'un président aux abois semble ne pas devoir souffrir la contradiction. Ce serait ignorer un peu vite le système idéologique fort qui conditionne la stratégie sarkoziste depuis de longues années et qui cimente des pans entiers de sa politique. Il permettrait de lire dans les événements récents un développement logique bien plus qu'une diversion ou un virage opportun et cynique.

 




2. Un continuum idéologique



Il y a une extrême cohérence et un continuum idéologique fort du sarkozisme et de sa praxis politique. Elle est avant tout celle d'un homme et de quelques proches, la micro-société des conseillers de l'Elysée. Elle est davantage une pratique empirique et instinctive de la politique qu'une idéologie : la provocation, le coup de force, le putsch permanent. L'idéologie advient cependant par la force d'inscription de cette pratique politique dans l'opinion. Le relais intellectuel des nouveaux réactionnaires et autres Anti-modernes a fait son œuvre. Le sujet mériterait plusieurs ouvrages de science et d'histoire politiques. De sociologie aussi. Je limite volontairement ma réflexion à quelques rappels de notre histoire récente et à la formulation de trois impostures.

Depuis cinq ans au moins Nicolas Sarkozy a ancré continument la problématique sécuritaire dans la question de l'identité nationale en lien avec l'immigration. Le tournant, si tournant il y a, est déjà ancien. Il date de 2005. Les analystes et les journalistes qui soutiennent la thèse d'un virage estival et d'une radicalisation récente ont la mémoire courte. L'année 2005 n'est pas uniquement celle du « Kärcher » et de la « racaille », ces violences verbales et provocations volontaires élevées au rang de technique de gouvernement et qui joueront un rôle certain dans le déclenchement des émeutes de l'hiver 2005.

 

Le ministre de l'Intérieur qui a pris ses fonctions juste après le Référendum se singularise aussi par trois types d'action qui caractérisent sa ligne de conduite politique jusqu'à ce jour. Tout d'abord l'intrusion du pouvoir de l'Intérieur dans le champ de celui de la Justice, allant jusqu'à bafouer la règle de la séparation des pouvoirs et de l'indépendance de la justice. C'est bien sûr l'affaire Nelly Cremel qui vaut à Sarkozy un rappel à l'ordre du Premier ministre de l'époque, Dominique de Villepin, suite à une demande de sanction d'un juge prétendument trop laxiste. Ensuite la stigmatisation des minorités et l'amalgame entre immigration illégale et jeunes des banlieues. C'est le discours [5] musclé aux préfets du 9 septembre 2005 dans lequel Sarkozy exige une fermeté exemplaire contre tous ceux qui mettent en cause la sécurité des « Français » : « en premier lieu les gens du voyage, les jeunes des banlieues, les immigrés illégaux ». Déjà les « gens du voyage » !

 

Mais au passage, souvenons-nous que les Roms les avaient précédés comme toutes premières victimes de la politique du jeune ministre de l'Intérieur, dès 2002 et 2003. Je renvoie à l'article [6] très précis et bien documenté de Caroline Damiens qui avait reconstruit en avril 2005 la sombre histoire des débuts de Sarkozy. Pour en revenir à 2005, l'injonction aux préfets sera suivie par les « rafles de sans-papiers menées au petit matin, avant le départ des enfants à l'école », lesquelles témoignent, selon Alain Gresh dans un article du Monde Diplomatique,« de l'enthousiasme que le ministre a su faire souffler dans les préfectures ». Cet « enthousiasme » n'a pas faibli malgré la longue lutte des associations de soutien aux sans-papiers.

 

Enfin, troisième étape : l'ordre d'expulsion du territoire français de tous les étrangers condamnés pour violences urbaines. 68% des Français y sont favorables, selon le sondage IPSOS du 16 novembre 2005 pour Le Point. Le bilan est éloquent et témoigne déjà du primat des mots sur les actes : 597 personnes incarcérées mais une seule expulsion. Ce bilan est aussi éloquent sur l'implication des étrangers dans les émeutes. Nul doute que les résultats seront en 2010 bien meilleurs avec l'apport des Roms.

La succession provocation (insultes), stigmatisation (désignation de boucs émissaires), répression (incarcérations - expulsions) suffit à établir le degré de responsabilité de l'Etat dans la production de la violence et le processus de ce que je nomme l'invention sécuritaire. Ne se sont passées que peu d'années depuis 2002 sans que ce schéma ne se répète à l'initiative de Sarkozy ministre ou président.

 

Après la grande loi de 2006 sur l'immigration et l'intégration qui restreint considérablement les droits des étrangers, facilite et intensifie les expulsions de sans-papiers et les reconduites à la frontière, après la loi sur la prévention de la délinquance de mars 2007 qui institue la détection du trouble du comportement chez les plus jeunes enfants et autorise une sortie sur les liens entre délinquance et génétique, une seconde étape est franchie en 2007 avec l'élection à la présidentielle et la création du ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale.

 

L'invention est unique dans une République : l'association de l'immigration et de l'identité nationale dans un ministère constitue une institutionnalisation d'un lien dont il faut rappeler qu'il appartient au Front National depuis le début des années 80. Les fondamentaux idéologiques du sarkozisme en matière de sécurité n'appartiennent-ils pas en propre à l'extrême droite ? La question mérite d'être posée. Elle permettrait de réviser un peu notre grille de lecture des cloisonnements idéologiques. La question du glissement d'une frange majoritaire de l'UMP à l'extrême droite ne se pose pas. Elle existe de fait. En tout état de cause, nous posons que c'est l'existence de ce ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale et le lien qu'il institue qui conduisent logiquement aux propositions du discours de Grenoble.

 

Quelle serait alors la nature du tournant de cet été 2010, sa spécificité ? Je pense profondément qu'il est simplement le suivant : l'habillage républicain de l'Etat-Sarkozy est en train de tomber. Le roi a choisi de marcher nu. Car il a choisi d'exposer dans son discours de Grenoble ce qu'il savait majoritairement acceptable par l'opinion publique en fonction de sondages antérieurs. Il sait aussi en son for intérieur tout ce qu'il a accompli comme travail sur l'opinion depuis 2002, une opinion aujourd'hui suffisamment imbibée par la xénophobie d'Etat pour qu'elle accepte le principe de la déchéance de la nationalité. La relance de l'expulsion des Roms ne serait dès lors que la pilule destinée à mieux faire passer la première. Hortefeux prépare ses amendements et décrets. Le seul obstacle est la Constitution et son Conseil. Mais combien de fois Sarkozy a-t-il poussé le Conseil Constitutionnel dans ses retranchements ?

 

On doit enfin s'interroger sur les causes de la forte perméabilité de l'opinion au sarkozisme. Elles sont bien sûr très nombreuses et très complexes. Je n'en relèverai qu'une seule. Il me semble que le tour de force de Sarkozy est d'avoir rendu efficiente une triple imposture qui travaille en profondeur l'opinion publique et qui exige aujourd'hui, en retour, un long et patient travail de déconstruction. La première imposture est de faire croire que la France est malade d'une insécurité chronique sans causes, sinon celles de l'immigration et des minorités d'origine étrangère. La seconde est de faire croire que l'insécurité régresse - la manipulation des chiffres est permanente - en passant son temps à souffler sur ses braises et en justifiant in fine qu'une guerre s'impose. La dernière est de faire croire que lutter contre certaines minorités, les Roms en ce moment, est une mesure efficace contre l'insécurité. L'imposture se transforme en faute historique et éthique, s'il existe encore une once d'éthicité de la politique. Coup de génie d'un politicien habile, diront certains. Ce n'est certainement pas la politique d'un homme d'Etat.


 

 

3. « Liberté, Egalité, Tsigane »

 

En s'en prenant à la minorité des Roms, à tous ces « Bohémiens en voyage » célébrés par les écrivains, des poètes romantiques à Guillaume Apollinaire en passant par Baudelaire, le pouvoir touche les boucs émissaires des boucs émissaires, les oubliés de la déportation, non seulement les centaines de milliers de tsiganes exterminés par les nazis, mais aussi ces milliers d'autres que Vichy a parqués dans des camps innommables et que la France a laissés enfermés encore un an après la libération.

 

En stigmatisant tous ceux auxquels Tony Gatlif a rendu, cette année même, le si bel hommage de son film Liberté (Entretien avec Tony Gatlif "Liberté, Egalité, Tsigane" [7]), ce pouvoir cynique, sans mémoire, sans culture, rempli de tant de bêtise et de haine, prive un peuple symbole de liberté de ce qui fonde son identité : le choix d'une vie nomade, la liberté de déplacement que garantit encore pour un temps l'Union Européenne. Qu'il le fasse au moment même où des artistes et des historiens commencent à travailler à la reconnaissance de la responsabilité de la France dans l'enfermement et la mort de milliers de Roms, ne peut que remplir de honte tout citoyen qui a encore un peu de culture et d'humanité.

 

Car notre Etat s'en prend sciemment aux plus fragiles, aux plus vulnérables. Il sait ce qu'il fait en stigmatisant la minorité des Roms : les préjugés restent malheureusement très forts dans l'opinion publique à l'encontre des Roms et des gens du voyage, quelle que soit leur nationalité. Il sait donc très bien ce qu'il fait en associant volontairement « Roms » et « gens du voyage ». Nicolas Sarkozy sait également ce qu'il fait en reproduisant et en complétant la chaîne associative de 2005 entre insécurité, délinquance, immigration, Roms et gens du voyage. Il ne sait peut-être pas ce qu'il produit culturellement, éthiquement, donc politiquement au sens noble du terme : une faute inadmissible et une monstruosité. Une faute de mémoire, une faute historique dont le gouvernement actuel, son Premier ministre bien longtemps silencieux et aujourd'hui consentant, et le président lui-même portent et porteront durablement la responsabilité.

 

Cette faute est d'autant plus inadmissible que l'anti-tsiganisme ne cesse de croître dans des proportions alarmantes au niveau de toute l'Europe, en particulier en République tchèque (voir les pages 40 à 45 du rapport 2009 [8] de la Commission Européenne contre le Racisme et l'Intolérance), en Hongrie et en Italie où la traque des Roms bat son plein depuis deux ans et ne fait qu'attiser la xénophobie en renforçant l'extrême-droite (il est urgent de lire à ce sujet les cinq parties de l'enquête "L'Europe au miroir des Roms" [9] parue dans le volume Cette France-là et reprise sur l'excellent site du collectif Les mots sont importants). Sarkozy voudrait-il une fois de plus marcher sur les traces de Berlusconi qu'il ne s'y prendrait pas autrement. L'extrême droite italienne [10] vient d'ailleurs d'applaudir le président français.

 

En définitive peu importe au tandem Sarkozy-Hortefeux les cris d'alarme de la Commission Européenne. Peu leur importe que par leur politique l'image de la France à l'étranger soit ternie au point de perdre pour longtemps son symbole de patrie des droits de l'homme. Peu leur importe que l'ONU, le Président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, les plus grands éditorialistes de la presse internationale et maintenant l'Eglise dénoncent la dérive xénophobe de la France. A défaut de fraternité, d'humanité et d'intelligence, ils ont la vérité pour eux, les « couches populaires » avec eux, comme le clame Brice Hortefeux dans son entretien au Monde : « J'assume cette vérité », « j'affirme une chose simple et vraie », dit à plusieurs reprises l'ami de trente ans du président. Cette « vérité simple » fait froid dans le dos : l'histoire nous apprend que les vérités simples font souvent le lit des totalitarismes.


 

 

4. Décomplexion et violence pure



Le petit monde de la sarkozie a imposé son langage. Il fait désormais notre époque, avec son lot de suiveurs, y compris parmi les intellectuels et les petits hommes de médias dont la puissance n'a d'égale que leur soumission crasse au pouvoir politique et aux intérêts financiers dont on sait à quel point ils sont aujourd'hui liés. Les mimes sont partout. Le trait dominant de ce langage semble être la décomplexion. Mais sa singularité réside surtout dans la violence performative de son discours qui est une violence pure.

La droite sarkoziste se proclame « décomplexée ». La polysémie du terme est riche d'enseignements. De quelle timidité ou de quelle complexe d'infériorité la droite souffrait-elle avant de se libérer ? De quelle instance surmoïque a-t-elle triomphé ? Quel tabou a-t-elle surmonté ? La réponse est presque contenue dans les questions : le Front National.

 

Le sarkozisme décomplexé  aspire depuis ses débuts à prendre le chemin suivant : les thèses et la politique de l'extrême droite sont solubles dans la République. Cette décomplexion a commencé par les formes les plus prosaïques mais aussi les plus perverses, le développement exponentiel et la popularisation de la vulgarité en politique : une libération du langage qui cultive l'insulte, le renversement des positions (« les socialistes milliardaires » ou les médias « fascistes »), le mime des préjugés populaires les plus dangereux, le dénigrement de l'intelligence et de la culture, l'annexion et le travestissement des figures historiques (Jaurès et maintenant Clemenceau), la détestation et la stigmatisation des intellectuels, etc. Les exemples sont trop nombreux et trop connus pour qu'on prenne la peine de les citer tous, même si leur étude précise est à faire et leur dénonciation à produire systématiquement.

 

Cette décomplexion, en elle-même inadmissible en ce qu'elle extrait définitivement l'éthique de toute pratique politique, devient condamnable quand elle conduit à une banalisation de la xénophobie. Le mime, la reprise et la « sanctuarisation » politicienne des préjugés populaires n'a jamais atteint un tel degré d'efficacité sociale. Le fonctionnement est celui d'un appel à la gratification narcissique des racistes ordinaires qui découvrent de plus en plus dans leurs gouvernants un miroir de leurs affects, de leur vécu, de leur appréhension du réel.

 

Les « choses simples et vraies » de Brice Hortefeux. Comme si les Français ne pouvaient plus avoir accès aux choses complexes.

 

Alors que l'on croyait que la tâche d'un démocrate et plus encore d'un homme d'Etat était de lutter contre les préjugés les plus dangereux de l'opinion, Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux à sa suite, de nombreux autres à leur suite, ont fait dès longtemps le choix de les alimenter et de les aviver, au risque de déliter le fragile ciment social et le pacte républicain dont leurs fonctions les rendaient garants. Et n'est-ce pas une forme de violence exercée à l'encontre du peuple que d'alimenter ses préjugés ?

 

Le recours et le retour aux valeurs et aux symboles simples de la patrie (drapeau, Marseillaise) donne la touche sérieuse et grave qui manquait à cet empire de la vulgarité. Mais on inspire difficilement le respect des symboles et des valeurs républicaines dans un contexte de rabaissement permanent de la culture, de conflits d'intérêts et de scandales financiers. Là aussi le sarkozisme est un lamentable échec, une schizophrénie politique, une invention monstrueuse.

 

L'Etat français nous fait baigner dans une violence politique si ordinaire que la majorité finit par ne plus la voir. Elle est pourtant profonde, proche de ce que Walter Benjamin nommait « la violence pure » dans son essai « Pour une critique de la violence », un texte difficile qu'il faudrait relire attentivement. Le champ d'exercice de cette violence pure est d'abord le langage, la parole.

 

Le national-populisme à la manière Sarkozy a sa langue propre. Son règne est le performatif : faire que la chose advienne en la nommant. Je ne prends qu'un exemple récent, celui de Lies Hebbadj, le commerçant nantais que Hortefeux veut déchoir de sa nationalité. Préparant le terrain à son projet de décret en faisant explicitement d'un cas individuel un problème de société, le ministre de l'Intérieur a transformé le plus naturellement du monde un « mis en examen » en « présumé coupable », et ce avant même que la justice ne se soit prononcée.

 

Il ne fait là que suivre un « droit » que s'était déjà arrogé son prédécesseur, le ministre de l'Intérieur de 2003 qui annonçait le soir même de l'arrestation d'Yvan Colonna que la police venait d'arrêter « l'assassin du préfet Erignac ». On connaît les récidives qui suivront en matière d'atteinte à la présomption d'innocence. La condamnation antérieure à l'exercice de toute justice humaine relève bien d'une violence pure dont l'équivalent est celui de la violence divine.

 

Faute politique, mensonge, manipulation sont choses graves. Mais le plus affolant est la performativité sociale de cette parole : elle fait exister la culpabilité en la nommant. La logique est semblable à celle de l'insulte et de la stigmatisation des minorités. Elle est encore semblable à la modalité d'une déchéance de nationalité : un juge dit : « Vous n'êtes plus français », et vous n'êtes plus français. La violence à l'état pur.

 

C'est peut-être là l'essence de ce nouveau pouvoir, plus dangereuse parce que plus insidieuse que les thèses traditionnelles de l'extrême droite. Car, lorsqu'un pouvoir commence à s'établir sur un tel fantasme de toute-puissance, lorsque nous observons l'efficacité redoutable de cette nomination à travers les relais d'opinion, nous ne pouvons exclure que ce pouvoir tente de mettre le droit en conformité avec sa praxis et avec l'idéologie qu'il diffuse. Il est même condamné à faire exister ce qu'il énonce, sauf à discréditer entièrement sa parole et sa politique.

 

C'est ce qu'affirme fortement Hortefeux dans son entretien au Monde : « Il y aura donc autant de textes, de lois, de règlements que la réponse au défi de la protection des Français l'exige. Je n'ai aucun complexe là-dessus ». Encore la décomplexion. On voit ici le cercle vicieux et la perversité de la parole performative : l'invention sécuritaire met non seulement l'Etat en demeure de répondre à sa parole, mais il le place aussi devant un immaîtrisable, condamné qu'il est à se nourrir de ce qu'il produit et à alimenter toujours un peu plus le monstre qu'il a créé.

 


 

 

5. Non la peur, mais une éthique de la résistance

 


Deleuze disait que le XXIe siècle verrait l'apparition d'une société de contrôle et non plus d'enfermement. Il se trompait : l'Etat-Sarkozy a réussi à nous imposer en huit ans de responsabilités politiques et un peu plus de deux années de présidence le contrôle et l'enfermement. Il n'y a jamais eu autant de monde dans les prisons, autant de jeunes dans les prisons, autant de suicides dans les prisons. Autant de suicides dans les entreprises. Même les prisonniers ont peur. Les policiers, les CRS, les pompiers ont peur. Les préfets ont peur. On finit par se demander si l'Etat n'a pas peur de la peur qu'il invente.

 

La peur est cause et conséquence de l'insécurité. Elle est au coeur même des réformes que le gouvernement nous impose à un rythme effréné : la peur de n'être pas un bon chercheur et de devoir enseigner plus, la peur de ne pas être "performant", la peur de l'évaluation, de la concurrence, de l'excellence, la peur du collègue, du petit chef ou du grand chef, la peur de perdre son emploi, la peur de la précarité dont le développement est exponentiel dans ce qui reste de la fonction publique et dans toute notre société. Il existe aujourd'hui au moins trois types de peurs que le pouvoir a avivés et élevés à un degré insupportable : la peur sociale (la peur ordinaire, quotidienne, celle qui tient à l'insécurité professionnelle, à la sécurité des personnes), la peur politique (celles des militants associatifs ou syndicaux, des citoyens engagés dans les luttes, de plus en plus souvent intimidés, poursuivis ou réprimés par les pouvoirs publics), enfin la peur des victimes des politiques d'exclusion, la peur quotidienne du contrôle policier pour les milliers de sans-papiers, la peur panique de l'enfant arraché à sa mère, la peur du Rom privé de sa liberté et renvoyé dans un pays où il sera persécuté. Une peur autrement plus grande que les deux premières parce qu'elle engage des vies et des destins individuels.

 

Même la justice, sous la pression du ministre de l'Intérieur et des préfets, est devenue un moyen de distiller une peur protéiforme. La mise au placard de certains juges [11] - sans parler de la valse des préfets - et la politique d'abattage à laquelle sont soumis les magistrats montrent l'inféodation pernicieuse de la justice à la doctrine sécuritaire du ministère de l'Intérieur et de l'Elysée : nous vivons désormais dans un pays où le principe constitutionnel de l'indépendance des magistrats est régulièrement foulé aux pieds et où les hauts fonctionnaires un peu libres de leurs idées sont mis au pas, ou tout bonnement mis à pied. L'autoritarisme et la logique de la sanction servent une politique de la peur qui n'a jamais eu d'équivalent depuis un demi-siècle ou davantage


Face à ce gouvernement par la peur, et avant qu'elle ne se transforme en terreur, avant que cette peur ne produise d'autres formes de peur et de violence qui nous font craindre le pire, tous les citoyens responsables doivent se lever pour dire "Non!" à cet Etat de non-droit, pour rompre le cercle de la peur en assumant le risque de l'engagement, en ignorant les possibles sanctions et en se battant à tous les niveaux de la vie sociale pour se réapproprier le discours et la pratique critique, continuer à inventer des espaces de liberté et renforcer tous ces liens que les appels et les collectifs tissent comme une toile infinie et incontrôlable contre laquelle l'Etat de peur ne peut rien.

 

Il faut en appeler aussi au courage politique et à la responsabilité historique et éthique des intellectuels et des journalistes. Il faut en appeler encore à nos responsables syndicaux pour qu'ils prennent la mesure du piège et des conséquences qu'un syndicalisme de cogestion fait encourir à tous les secteurs professionnels. La fin du quinquennat de Sarkozy sera sous le signe d'un syndicalisme véritablement offensif ou les syndicats prendront le risque de perdre de nouvelles batailles. Il faut en appeler enfin à une véritable pratique critique que les Sciences Humaines et Sociales se doivent de continuer à développer, aujourd'hui plus que jamais. Le programme de mise au pas et d'affaiblissement structurel des SHS ne doit pas passer. Car nous avons plus que jamais besoin de sciences sociales fortes, d'historiens vigilants et engagés, de chercheurs continuant à développer des pratiques et des théories critiques du social et du politique, d'artistes libres de leurs créations et de leurs engagements, d'artistes soutenus par l'Etat. L'université et l'ensemble des organismes de recherche qui sont devenus le terrain d'exercice et d'élaboration de l'idéologie sarkoziste se doivent de résister, par tous les moyens légaux et démocratiques qui restent à leur disposition, à la plus grande entreprise de destruction des libertés académiques et de la collégialité des universitaires jamais mise en œuvre depuis la création de l'université. Une éthique de la résistance s'impose en tous lieux où il y a de la vie sociale. Elle exige une mobilisation de toutes les forces de l'intelligence, du langage et de la création pour retrouver le sens de l'utopie et inventer des idées nouvelles contre les « vérités simples », toutes faites, jetées à l'opinion publique par des politiciens irresponsables pour seulement recueillir l'assentiment des esprit les plus démunis face à l'inadmissible.

 

Quand des hommes politiques ont totalement abdiqué devant la complexité du réel pour imposer l'ineptie comme vérité et la haine de l'Autre comme programme politique, ils ne méritent plus, en démocratie, le respect dû à leur fonction. Et quand ils ne cessent de déformer et d'instrumentaliser l'histoire dans un grand révisionnisme de la pensée, ils doivent s'attendre à des dénonciations vigoureuses, à la hauteur de leurs impostures. Il est grand temps, vraiment, de ne plus rien laisser passer à ce gouvernement.

Aussi la journée de rassemblements citoyens du 4 septembre sera-t-elle décisive. Celle du 7 septembre contre la réforme des retraites ne le sera pas moins. Les deux sont étroitement liées car nous savons bien que la violence et la xénophobie d'Etat font système avec la violence économique et sociale d'un gouvernement qui, en un peu plus de deux années, aura appauvri les plus pauvres, enrichi les plus riches, persécuté les plus fragiles et détruit la moitié des services publics pour les brader aux intérêts du privé. Les pétitions et les tribunes sont des armes essentielles pour alerter l'opinion publique, mais elles ne suffiront pas. On n'arrêtera pas cette folle machine sécuritaire et xénophobe sans un véritable sursaut citoyen, sans une prise de conscience individuelle et collective, sans un engagement de tous, c'est-à-dire un engagement de chacun.

 

L'enjeu n'est plus seulement nos libertés démocratiques fondamentales, mais ce qui les conditionne : notre liberté de penser, notre liberté d'expression, aujourd'hui remises en cause. Le temps n'est pas loin où une réflexion libre sur la violence pure sera condamnée pour « délit d'opinion » et censurée par un Etat dont la politique fait le lit de la barbarie. Mais le temps n'est pas loin non plus où les citoyens démocrates qui n'auront pas cédé à la peur, à l'indifférence ou au fatalisme, prendront leurs responsabilités, exerceront leur devoir avec courage et détermination et entreront en résistance pour mettre un terme à la politique du pire.

 

© Pascal Maillard - Strasbourg, août 2010

 

 

 



* Professeur agrégé à l'université de Strasbourg, Pascal Maillard est membre du groupe de recherche POLART (Poétique et Politique de l'Art). Initiateur de l'Appel de Strasbourg, l'un des textes ayant lancé le mouvement universitaire de 2009 et dont Mediapart s'est fait le relais, il a suivi en observateur critique les événements politiques de « ce sombre été 2010 ».

 

 

[1] http://perdre-la-raison.blogspot.com/2010/08/recensement-de-toutes-les-lois-de.html

[2] http://www.mediapart.fr/journal/france/220710/justice-ce-qui-n-est-plus-supportable

[3] http://www.liberation.fr/societe/0101651734-il-n-est-pas-permis-de-comparer-la-politique-du-prefet-a-celle-de-vichy

[4] http://www.mediapart.fr/club/blog/eric-fassin/240609/monsieur-sarkozy-nous-ne-vous-voyons-pas-assez

[5] http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2005-09-21-M-Sarkozy-contre-l-anti-France

[6] http://lmsi.net/Sarkozy-les-medias-et-l-invention

[7] http://tony-gatlif.mondomix.com/fr/video5625.htm

[8] http://www.coe.int/t/dghl/monitoring/ecri/Country-by-country/Czech_Republic/CZE-CbC-IV-2009-030-FRE.pdf

[9] http://lmsi.net/L-Europe-au-miroir-des-Roms,1101

[10] http://www.mediapart.fr/journal/france/240810/roms-lextreme-droite-italienne-applaudit-nicolas-sarkozy

[11] http://www.rue89.com/blog-justice/2010/08/20/je-suis-un-petit-juge-sanctionne-pour-avoir-voulu-rendre-la-justice-162991
 



 



Par Sylvie Boussand - Publié dans : Articles de presse - Communauté : resilience
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Dimanche 15 août 2010 7 15 /08 /2010 05:19
Le Monde Diplomatique (2007)
 


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L’Elysée a démenti les propos de la ministre des finances, Mme Christine Lagarde, annonçant un « plan de rigueur », puis contredit la déclaration du premier ministre François Fillon, qui avait estimé que le pays était en « faillite ». Pourtant, l’état de l’économie française rend probables de nouvelles mesures d’austérité sociale. Elles jetteront une lumière crue sur les premières décisions de M. Nicolas Sarkozy : un tombereau de largesses fiscales (15 milliards d’euros) déversé sur les privilégiés.


Photo: www.rue89.com

 

Par Liêm Hoang-Ngoc
Maître de conférences à l’université Paris-I ; auteur de Vive l’impôt !, Grasset, Paris, 2007,
et de Dix questions sur la dette, Michalon, Paris, 2007.


Paquet fiscal », voté en juillet, « bouclier fiscal », série de mesures envisagées ou programmées par le gouvernement... Tout ces projets reviennent à alléger la fiscalité sur les hauts revenus et sur le patrimoine, et à reporter le poids du financement des dépenses publiques et sociales sur les ménages à revenus modestes et moyens. Ils sont le rouage privilégié d’un programme politique visant au démontage de l’ensemble des mécanismes de redistribution et de protection du salariat. Une façon de ramener la France à l’Ancien Régime...

 


La révolte contre les injustices fiscales fut l’une des causes de la Révolution française. La fiscalité de l’Ancien Régime – en nature, en monnaie ou en journées de travail – pèse intégralement sur le tiers-état pour financer les dépenses des ordres privilégiés : la noblesse et le clergé. La dîme, impôt en nature sur les récoltes, est perçue par le clergé. La taille, impôt en monnaie, est levée par le roi sur les roturiers. Il s’agit d’un impôt de répartition et non de quotité : le roi fixe ce que doit payer chaque collectivité ou paroisse, à qui incombe d’en répartir la charge sur ses habitants. La taille est arbitraire et territorialement inégalitaire. La noblesse et le clergé échappent également à la capitation (impôt progressif sur le revenu des roturiers créé en 1701 et touchant le revenu des immeubles), ainsi évidemment qu’à la corvée, redevable en journées de travail pour la construction des routes.

 

 


En 1789, alors que s’approche la chute de l’Ancien Régime, le principe démocratique (« un homme, une voix ») et sa traduction fiscale, l’impôt progressif, tardent à s’affirmer. Le régime est d’abord censitaire : il distingue les « citoyens actifs » (qui paient un certain niveau de l’impôt appelé cens et qui peuvent voter) des « citoyens passifs » (dont les revenus sont trop faibles et qui n’ont pas le droit de vote). En 1792, la Convention instaure le suffrage universel direct (pour les hommes), qui commence par donner mandat aux députés de voter quelques nationalisations et maxima de prix.


Après Thermidor (la chute de Robespierre en 1794), le Directoire remet en vigueur le suffrage censitaire afin de rendre le pouvoir inaccessible au turbulent peuple de Paris. Le suffrage universel (pour les hommes) ne sera rétabli que sous la IIe République (1848).`



En ces premiers temps de la République, l’impôt épouse ce que l’on appelle de nos jours les « quatre vieilles » : la contribution mobilière, la contribution foncière sur le bâti, la contribution foncière sur le non-bâti, et la patente, qui met à contribution tous les citoyens. Les « quatre vieilles » accoucheront des trois impôts locaux actuels : la taxe d’habitation, la taxe foncière et la taxe professionnelle. Ces « vieilles » ne sont pas exactement des impôts sur le revenu : elles sont fixées à partir de critères très approximatifs censés indiquer la capacité contributive des citoyens tels que, jadis, le nombre de fenêtres ou la valeur locative de leur habitation.

De tels impôts ne sont pas progressifs, mais proportionnels, et donc injustes puisqu’un taux de prélèvement unique s’applique à tous les revenus, ceux des riches comme ceux des pauvres. Ils ont un caractère territorialement inégalitaire dans la mesure où ils ne prennent pas en compte le niveau de richesse de la collectivité concernée. Depuis cette époque, des péréquations territoriales et des aménagements de la fiscalité locale ont pu partiellement remédier à ces défauts.


Outre le suffrage universel, le véritable emblème de l’égalité est, plus d’un siècle plus tard, l’avènement de l’impôt sur le revenu progressif. Cette réforme est créée par Joseph Caillaux, à l’issue d’un rude débat parlementaire remporté par la gauche avec l’adoption de la loi du 2 juillet 1914. Il s’agit là d’un attribut essentiel de la citoyenneté : le financement des politiques publiques, adoptées par le suffrage universel, est assuré par chacun en fonction de sa capacité contributive. Dès lors, l’accès gratuit (ou au moindre prix) aux biens publics, selon ses besoins, est un droit pour tous (nanti ou démuni), assorti d’un devoir de financement pour chaque citoyen, selon ses moyens.

Un mois plus tard, les crédits de guerre sont votés, et leur financement est alors rendu possible par le déploiement de l’impôt progressif sur le revenu. Utopique quelque temps auparavant, la montée en puissance de cet impôt est facilitée, pour la circonstance, par l’« union sacrée ». Comme si la bourgeoisie ne pouvait envoyer le peuple au front sans éprouver un sentiment de culpabilité... Entre 1914 et 1917, l’impôt sur le revenu (IR) des personnes physiques s’ordonne autour de deux types de contributions : sept impôts catégoriels – appelés impôts cédulaires (1) – à taux proportionnel, et un impôt général et progressif sur le revenu.

 


Le principe du financement de la solidarité nationale par l’impôt progressif, selon la capacité contributive de chaque citoyen, s’affermit à l’issue du conflit. Le taux marginal de la tranche supérieure passe même de 2 % en 1915 à 90 % en 1924 pour faire face aux nécessités financières de l’après-guerre. Il est ensuite abaissé à 40-50 %, avant d’être relevé à 90 % en 1939, lors du déclenchement de la seconde guerre mondiale, puis de trouver un rythme de croisière, au-dessus de 60 %, pendant les « trente glorieuses » (1945-1975).

Au cours de cette période, et malgré ses imperfections, l’IR consolide le lien du citoyen à la République. Le quotient familial est introduit en 1946 pour faire face à une situation démographique dégradée. L’impôt sur les sociétés (IS) est créé en 1948. L’unification des autres impôts cédulaires avec l’impôt sur le revenu est réalisée en 1959. Symbole de la redistribution organisée par l’Etat social, l’impôt contribue à ralentir la reproduction sociale d’une classe de rentiers qui aurait entravé le décollage économique de la France (2).

L’intégration sociale est, de surcroît, renforcée par l’édification d’un système de sécurité sociale sur le modèle dit « bismarckien ». Ce système définit la cotisation comme un salaire indirect dont la gestion, dans les caisses d’assurance sociale, appartient aux syndicats. S’appuyant sur le programme du Conseil national de la Résistance, la France de la Libération fait émerger de nombreux « îlots de socialisme » (la protection sociale, le secteur public, le droit du travail...) que le programme commun de la gauche de juin 1972 proposera d’étendre.

 


Le système fiscal est cependant resté faiblement redistributif, en raison du poids des cotisations et impôts proportionnels – comme la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) –, ainsi que du faible rendement des impôts progressifs (comme l’IR) et de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), qui succède à l’impôt sur les grandes fortunes en 1989. Alors que la TVA représente 51 % des rentrées fiscales et la TIPP 5,5 %, l’IS et l’IR ne contribuent chacun qu’à hauteur de 17 % des recettes de l’Etat, hors financement de la Sécurité sociale (3). Plus de 51 % des ménages sont exemptés de l’IR, ce qui ne signifie aucunement qu’ils ne paient pas d’impôt, car ils acquittent notamment la contribution sociale généralisée (CSG), créée en 1990 pour financer la sécurité sociale, et les impôts indirects.

A titre de comparaison, le poids de l’impôt sur le revenu dans l’ensemble des prélèvements est de 53 % au Danemark, figure de proue du modèle nordique. Il s’élève à 30 % au Royaume-Uni et à 42 % aux Etats-Unis.


Aumône jetée à « ceux d’en bas »


Durant les deux dernières décennies, diverses mesures ont encore affaibli le caractère redistributif du système fiscal français. Premier ministre de 1988 à 1991, le socialiste Michel Rocard abaisse de 50 à 34,3 % le taux de l’IS. C’est lui qui crée la CSG, impôt affecté dont l’assiette est plus large que celle des cotisations sociales puisqu’elle comprend notamment les revenus du capital des personnes physiques. Mais la CSG n’en reste pas moins aussi injuste que la cotisation, en raison de son taux proportionnel et non « familialisé » : le même taux s’applique au riche et au pauvre, aux familles avec ou sans enfants. La CSG joue un rôle croissant au gré des baisses de cotisations patronales et salariales, et elle symbolise le basculement progressif vers l’impôt du financement des dépenses sociales.

 


C’est en 1993 que le premier ministre de droite Edouard Balladur lance le chantier de l’abaissement de la progressivité de l’impôt sur le revenu. Le nombre de tranches d’imposition est réduit de douze à sept. Le taux marginal de la tranche la plus élevée est ensuite abaissé de 56,8 % à 54 % sous le gouvernement de M. Alain Juppé (droite) en 1996, puis à 52,75 % sous le gouvernement de M. Lionel Jospin (Parti socialiste). Le gouvernement de M. Jean-Pierre Raffarin (Union pour un mouvement populaire, UMP) le fait symboliquement passer sous la barre des 50 % : à 49,58 % en 2003, puis à 48,09 % en 2004. La réforme léguée par M. Dominique de Villepin (UMP) à M. François Fillon (UMP), actuel premier ministre, réduit encore davantage la progressivité de l’impôt : elle fait passer le nombre de tranches de sept à cinq, tout en abaissant substantiellement les taux marginaux s’appliquant aux revenus moyens et supérieurs, après suppression de l’abattement de 20 %. Le taux de la tranche la plus élevée est fixé à 40 %, comme au Royaume-Uni. Mais la France est devenue plus royaliste que le roi dans la mise en concurrence européenne et mondiale des systèmes fiscaux.


Dans le système français, ce taux de la tranche supérieure, en apparence équivalent au taux britannique, taxe moins les classes riches qu’outre-Manche, car là-bas le principe du quotient familial n’existe pas (4). De nouvelles « niches » mettant à l’abri du fisc sont créées. Au prétexte de lutter contre la spéculation, une exonération progressive d’impôt des plus-values réalisées sur des titres détenus depuis plus de huit ans est également proposée. Enfin, la création d’un « bouclier fiscal », par lequel les prélèvements fiscaux ne peuvent excéder 60 % (puis 50 %) des revenus d’un contribuable, aura pour effet de réduire substantiellement l’ISF pour les très hauts revenus (5). Pour donner une impression d’équilibre, ces mesures profitant à « ceux d’en haut » sont compensées par l’augmentation et la mensualisation de la prime pour l’emploi, initialement créée par le gouvernement de M. Jospin, aumône jetée à « ceux d’en bas », mais à condition qu’ils ne chôment pas...


S’il était appliqué sans complexes, le projet de réforme de l’IR à l’état pur, tel que le projette la nouvelle droite (lire « Quelle autre réforme de l’impôt ? »), nous ramènerait un siècle en arrière, avant la loi Caillaux. Défendue par le sénateur Philippe Marini (UMP), cette réforme consisterait à abolir toute progressivité par la création d’un impôt à taux unique, appelé flat tax (6) par les néoconservateurs aux Etats-Unis. En attendant, le coût cumulé de la baisse de la progressivité du seul impôt sur le revenu entre 2000 et 2007 peut d’ores et déjà être chiffré à 50 milliards d’euros.

 

 


La loi dite, par antiphrase, « pour le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat » (TEPA), adoptée dans la foulée de la victoire de M. Nicolas Sarkozy à la présidentielle, et communément appelée « paquet fiscal », accentue à nouveau les injustices fiscales. La quasi-suppression des droits de succession des 15 % des ménages les plus fortunés est contraire au principe libéral d’égalité des chances, comme pourrait l’affirmer un authentique self-made man comme M. Bill Gates, qui s’est récemment élevé contre un projet de ce type dans les Etats-Unis de M. George W. Bush. Le coût de cette mesure est de 2,2 milliards d’euros.

Le bouclier fiscal, étendu à 50 % du revenu, supprimera de fait l’ISF pour les très hauts revenus. Il bénéficie à 235 000 ménages, à qui l’Etat reverse 600 millions d’euros. Parmi eux, les 13 000 ménages les plus fortunés touchent un chèque de 45 000 euros. L’ISF avait été créé pour financer en partie le revenu minimum d’insertion (RMI), dont le coût est de 8 milliards par an. La quasi-suppression de l’ISF amputera ses ressources de plus de 4 milliards d’euros, à un moment où la précarité s’étend.

Pour les départements, auxquels est désormais confiée la gestion du RMI dans le cadre de la décentralisation, ce manque à gagner entraînera une hausse des impôts locaux, particulièrement injustes. L’inclusion de la CSG et de la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS), créée en 1996, dans le dispositif du « bouclier fiscal » rendrait le financement de la protection sociale, déjà contraire à l’équité, carrément dégressif : plus on est riche, moins on contribuerait à la solidarité nationale en matière de santé !

Le crédit d’impôt pour les intérêts d’emprunt de l’habitation principale est une aubaine pour les ménages aisés. Il entretiendra la flambée des prix de l’immobilier, où l’offre de logements stagne. Son coût est de 3,7 milliards d’euros.


La défiscalisation des heures supplémentaires sous-entend que ceux qui ne veulent pas « travailler plus » sont les seuls responsables de la stagnation de leur pouvoir d’achat, à laquelle l’accentuation de l’exploitation capitaliste serait absolument étrangère. Elle dissuadera les entreprises d’embaucher de nouveaux salariés, réduira les ressources de la sécurité sociale ; elle revient à légaliser le travail sans cotisations sociales, à l’instar du « travail au noir ». Son coût est de 6 milliards d’euros.

 

 


Prétendument conçu pour récompenser le travail et affronter la concurrence fiscale des autres pays, le « paquet » est un véritable paquet-cadeau de plus de 13 milliards d’euros offerts, pour l’essentiel, aux ménages aisés, souvent composés de nouveaux rentiers. Comme si cela ne suffisait pas, le projet de loi de finances 2008 envisage d’alléger la taxation des actionnaires. Les dividendes pourraient ne plus être assujettis à l’impôt sur le revenu (dont le taux marginal de la tranche supérieure, de 40 %, s’applique à une fraction des dividendes des actionnaires les plus aisés), leurs bénéficiaires pouvant opter pour un prélèvement libératoire de 16 %. Ce nouveau cadeau fiscal s’élèverait à 500 millions d’euros, soit la moitié de l’économie réalisée sur les 23 900 postes de fonctionnaire que le gouvernement prévoit de supprimer en 2008. Dans l’Ancien Régime, les privilèges de la noblesse étaient liés à la propriété terrienne. Dans le nouveau capitalisme, la noblesse (d’argent) tire ses privilèges d’actifs financiers. Ses gains ont explosé au cours des dix dernières années, alors que les revenus de l’immense majorité de la population stagnaient.

 

 


Cette polarisation accrue s’explique par l’explosion des très hauts salaires et des revenus du patrimoine (7). Ces derniers représentent 10 % du revenu des foyers les plus privilégiés, alors que les ménages modestes n’épargnent pas, faute de ressources suffisantes. Dans le nouveau capitalisme qui s’est installé en France, le revenu « déclaré » des 10 % des foyers les plus riches s’est élevé de 32 % entre 1998 et 2005, alors que celui des 90 % restants n’augmentait que de 4,6 % (8). Le revenu médian (celui d’un vrai « Français moyen » gagnant moins de 1 500 euros par mois) n’évoluait, quant à lui, que de 0,6 % par an. Le revenu réel des véritables classes moyennes a, en fait, baissé, en raison d’une inflation de 2 % par an.

Dans le même temps, le nouveau capitalisme a particulièrement profité aux très hauts revenus. Pour les 5 % des foyers les plus riches, ces revenus ont progressé de 32 % ; pour le 1 % supérieur, l’augmentation est de 42,6 % (9) ! Le « paquet fiscal » bénéficie prioritairement aux plus aisés d’entre les plus aisés.

Enfin, pour financer le déficit de la Sécurité sociale, le scénario fiscal prochainement envisagé est particulièrement inique : il consiste à instaurer une franchise médicale et à remplacer les cotisations sociales par une hausse de la TVA dont le taux serait majoré de 3 à 5 points. La TVA est un véritable impôt dégressif digne de l’Ancien Régime. Les nouveaux « gueux » la paient au premier centime d’euro dépensé. Les 10 % des ménages les plus pauvres y consacrent 8 % de leur revenu, et les 10 % des ménages les plus riches seulement 3 %.

 

 


Les « réformes » en cours risquent d’accélérer l’érosion des ressources de l’Etat sans donner le coup de pouce annoncé à la croissance. Les détenteurs de hauts revenus ne consacreront à la consommation qu’une infime partie du cadeau qu’on leur a fait. Le reste ira gonfler la bulle boursière et stimuler une spéculation immobilière qui renforce le pouvoir des propriétaires face à une masse de locataires condamnée à verser, sous forme de loyer, une rente de plus en plus élevée.

L’économie de rentiers qui s’étend est plus que jamais tributaire de la consommation et de la spéculation des nouvelles classes privilégiées, pour le meilleur et pour le pire. Comme dans l’Ancien régime.

 



(1) Les cédules concernées étaient : les revenus fonciers ; les revenus des valeurs mobilières ; les bénéfices industriels et commerciaux ; les bénéfices agricoles ; les traitements, salaires et pensions ; les revenus des créances, dépôts et cautionnements ; et enfin les bénéfices non commerciaux.


(2) Lire Thomas Piketty, Les Hauts Revenus en France au XXe siècle, Grasset, Paris, 2001.


(3) Pour comparer le poids de l’impôt sur le revenu dans l’ensemble des prélèvements en vigueur en France avec celui en vigueur dans d’autres pays où le financement des dépenses sociales transite principalement par l’impôt, il faut ajouter les prélèvements affectés à la Sécurité sociale (cotisations sociales, contribution sociale généralisée [CSG], contribution au remboursement de la dette sociale [CRDS])... La part des impôts sur le revenu (comprenant dès lors la CSG et la CRDS) dans l’ensemble des prélèvements obligatoires s’établit en France à 17 %.


(4) Ce principe consiste à diviser par un certain nombre de parts le revenu déclaré pour obtenir le revenu imposable. Avoir un enfant entraîne donc un avantage fiscal beaucoup plus important pour un contribuable quand il est cossu.


(5) Sans bouclier fiscal, malgré un taux marginal de la tranche supérieure de l’IR à 40 % – rappelons qu’il s’agit d’un taux marginal et non d’un taux moyen, seule la fraction du revenu située au-dessus d’un certain seuil étant frappée à 40 % – et tous les autres prélèvements et niches fiscales qui le concernent, un haut revenu de 2 millions d’euros annuel en consacre moins de 50 % à ces impôts. Seule l’imposition de son patrimoine par le biais de l’ISF le place au-dessus de cette barre. Le bouclier fiscal revient donc à s’attaquer en silence à l’ISF.


(6) Cet impôt à taux unique existe déjà dans un certain nombre de pays européens, dont la Géorgie (12 %), la Russie et l’Ukraine (13 %), la Serbie (14 %), la Roumanie (16 %), la Slovaquie (19 %) et les trois Républiques baltes (entre 23 % et 25 %).


(7) Cf. Camille Landais, « Les hauts revenus en France (1998-2006) : une explosion des inégalités ? », Ecole d’économie de Paris, juin 2007.


(8) Le 1 % des plus hauts salaires bénéficiant même d’une hausse de 41 %.


(9) Cette situation n’est pas propre à la France. Aux Etats-Unis, le salaire médian (le niveau au-dessus duquel se situent la moitié des salariés) n’a progressé que de 11 % en valeur réelle entre 1966 et 2001. Mais, pour les 1 % de salariés les mieux payés, l’augmentation a atteint 121 % ; et 617 % pour le 1 pour 10 000 situé à la pointe de la pyramide. Lire Serge Halimi, « Rituel démocratique et société de castes », Le Monde diplomatique, novembre 2006.

Rectificatif

Dans l’article de Liêm Hoang-Ngoc, il fallait lire que la suppression de l’ISF, qu’avaient proposée certains députés, aurait amputé les recettes de l’Etat de 4 milliards d’euros. L’ISF a bien été « réformée » par le Parlement, et ses recettes réduites, mais sa suppression n’a pas été décidée. Par ailleurs, un cadeau fiscal de 500 millions d’euros correspond à l’économie réalisée sur les 23 900 postes de fonctionnaire que le gouvernement a prévu de supprimer en 2008, pas à la moitié de cette économie.

Le Monde diplomatique, novembre 2007

http://www.monde-diplomatique.fr/2007/10/HOANG_NGOC/15250
Par Sylvie Boussand - Publié dans : Articles de presse - Communauté : Résistance 2007
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Lundi 31 août 2009 1 31 /08 /2009 02:00

NATATION | La Jaked est une combinaison de natation en polyuréthane. Cet équipement futuriste et italien apporte un plus indéniable dans l'eau: la vitesse. En pénétration, en glisse. Bref, en tout. Seul problème, elle ne résiste pas à toutes les tensions.

© Tribune de Genève

Par Sylvie Boussand - Publié dans : Articles de presse
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Samedi 29 août 2009 6 29 /08 /2009 16:53
Nous sommes d'accord : dans la mesure ou nous aimons bien mettre de la viande dans notre assiette, cela veut dire qu'une bête, avant de finir sur l'étal de votre boucher préféré ou dans le rayon frais de votre hyper favori, est passée obligatoirement par l'abattoir. Il faudrait une sacrée dose d'hypocrisie pour penser le contraire.
De même que nous attendons que l'éleveur qui a fait naître cet animal ainsi que celui qui l'aura engraissé l'ait traîté de façon digne, il semble normal que les conditions de transport et d'abattage s'inscrivent aussi dans le respect de l'animal et la recherche des conditions et techniques permettant de limiter au maximum la souffrance de l'animal.
Là encore, si nous réfléchissons, à l'ère du rendement et du profit roi, nous devinons que tout ne se passe peut-être pas de façon impeccable. Je vous invite vivement à lire l'article ci-dessous. Ainsi que le communiqué de Charal, qui répond aux révélations de l'association L214.

Si vous souhaitez regarder la vidéo, faites-le en toute connaissance de cause. C'est très pénible. Sinon, abstenez-vous.
La lecture seule de l'article suffira amplement.

Attention : le visionnage de cette vidéo peut être difficilement soutenable

AVERTISSEMENT : VIDEO REELEMENT TRES DURE




L’horreur dans un abattoir du groupe Charal

Ce sont de bien morbides révélations que vient de mettre au grand jour l’association de protection animale L214. S’attendant à essuyer un refus suite à une demande de visite de l’abattoir Charal basé à Metz, un enquêteur du groupe associatif a postulé à une offre d’emploi sur le site d’abattage au titre d’ouvrier abattoir. Une démarche aisée au regard de l’absence de qualification ou d’expérience professionnelle requise. Ainsi, pendant trois semaines, du 8 au 26 septembre 2008, l’enquêteur rendu sur place a pu observer les pratiques en œuvre dans cet abattoir.

Or, le spectacle s’est révélé pour le moins cruel, même pour un lieu dédié à l’abattage. L’abattage rituel comme l’abattage standard donnent lieu à des souffrances prolongées chez les bovins avant leur mort définitive. Au cours de l’abattage standard, les animaux sont effectivement étourdis avant d’être mis à mort ainsi que l’exige la loi. Toutefois, selon l’association, en raison du retard accumulé par le saigneur, ils ne sont pas immédiatement égorgés et reprennent conscience avant leur égorgement.
Parallèlement, la vitesse de la chaîne d’abattage restant inchangée au cours de l’abattage rituel, sans étourdissement préalable (1), cette cadence ne permet pas de maintenir l’animal dans le tonneau de contention jusqu’à la fin de la saignée. Au regard de quoi, là encore, l’agonie de l’animal se prolonge une fois suspendu à la chaîne d’abattage. Le tonneau de contention étant orienté vers les animaux suspendus, les bovins ne perdent pas une "miette" du sort que subissent leurs congénères.

Outre leur ignominie, ces agissements contreviennent à la réglementation en vigueur. L214 souligne, ainsi, la violation de l’article R214-74 du Code Rural, lequel spécifie que : « L’immobilisation doit être maintenue pendant la saignée ». Parmi les autres articles bafoués, figure également l’article R214-65 du Code Rural précisant que : « Toutes les précautions doivent être prises en vue d’épargner aux animaux toute excitation, douleur ou souffrance évitables pendant les opérations de déchargement, d’acheminement, d’hébergement, d’immobilisation, d’étourdissement, d’abattage ou de mise à mort ».

Mais le scandale ne s’arrête pas là. Les Services vétérinaires sont présents en permanence dans l’abattoir de Metz et n’ont pourtant pas signalé ces infractions pratiquées quotidiennement. Ce constat ne fait que confirmer les défaillances récurrentes des services vétérinaires français, pointées du doigt par l’Office alimentaire et vétérinaire (OAV) de la Commission européenne. Pour preuve, relayant un article paru dans la dépêche vétérinaire de mars 2009, L214 cite le président du Syndicat National des Inspecteurs en Santé Publique Vétérinaire (SNISPV) : « Cela fait dix ans que le syndicat tire la sonnette d’alarme au sujet du déficit des contrôles officiels en dénonçant la fragilisation croissante de nos effectifs et la catastrophe potentielle qui menace ». D’autant que, comme l’a constaté l’enquêteur de L214, les pratiques déviantes de l’abattoir de Metz sont abandonnées au profit de plus vertueuses lors de visites importantes. Ce fut ainsi le cas à l’annonce d’un audit de la société McKey, fabricant de steaks hachés surgelés et fournisseur des restaurants Mc Donald’s.

La mauvaise foi n’ayant pas de limite, dans son courrier de refus apposé à une éventuelle visite de l’abattoir par l’association, Charal n’a pas hésité à déclarer : « Au-delà de la réglementation en vigueur et du contrôle par les autorités qui certifient chaque année la conformité de l’ensemble de nos abattoirs, notre groupe a fait de la protection animale un volet central et spécifique de sa politique « Qualité », qui va au-delà des exigences actuelles et préfigure les évolutions réglementaires ». Tout dépend de ce que l’on entend par « protection animale ».

L’association L214, qui dénonce la tromperie de l’entreprise envers les consommateurs, a porté plainte contre Charal pour cruauté envers les animaux.

© Cécile Cassier - Univers Nature - 29/08/09


Par Sylvie Boussand - Publié dans : Articles de presse - Communauté : Résistance 2007
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Dimanche 2 août 2009 7 02 /08 /2009 07:48

Pendant que l'on se terre dans son home sweet home, bien calé devant les JT du soir, qu'est-ce que l'on est heureux ! Les vagues de licenciements ? Ouf, c'est le voisin qui trinque. Encore un soldat français tué en Afghanistan ? m'en fous, y'a pas de militaire dans la famille. Taxe carbone à l'horizon ? j'viens d'acheter l'hybride de chez tata yoyo. HEUREUX j'vous dis !

Ah bon, 100 millions de doses de vaccins commandées par le gouvernement ? Des centres de vaccination en préparation ? Chérie, dès lundi, tu files à la pharmacie acheter du Tamiflu et tu prépares les carnets de santé des gosses pour la vaccination à la rentrée, et fini d'aller traîner chez les voisins : leurs gosses sont toujours malades et en plus le père est maintenant chômeur, des fois qu'il viendrait nous taper !


Grippe A : «Pas dangereuse» selon le Pr Bernard Debré

Alors que les autorités françaises se préparent à l'éventualité d'une pandémie de grippe A, le Pr Bernard Debré, député UMP et ancien ministre, lance un pavé dans la mare et parle, lui, de «grippette».


Dans une interview qui paraît aujourd'hui dans Le Journal du Dimanche, le professeur de médecine Bernard Debré affirme que la grippe A (H1N1) «n'est pas dangereuse». «On s'est rendu compte qu'elle était peut-être même un peu moins dangereuse que la grippe saisonnière. Alors maintenant, il faut siffler la fin de la partie!», déclare le Pr Debré, par ailleurs député UMP de Paris. «Tout ce que nous faisons ne sert qu'à nous faire peur», ajoute-t-il. «Oui, cette grippe fuse très vite. Et après? Un malade en contamine deux ou trois, contre un pour une grippe classique. Mais cela reste une grippette, ce n'est ni Ebola, ni Marburg», souligne l'ancien ministre de la Coopération. Selon Bernard Debré, «sans le dire, les pouvoirs publics ont déjà commencé à réduire la voilure. Les malades, dont on ne vérifie d'ailleurs plus s'ils ont attrapé le H1N1 ou un simple rhume de cerveau, sont désormais invités à prendre du paracétamol», relève-t-il.

 

«C'est une plaisanterie»

Les gouvernements «n'avaient pas vraiment d'autre choix que de suivre», après que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) eut, «de façon un peu rapide, commencé à gesticuler, avec des communiqués quotidiens et des conférences de presse à répétition». Mais il leur «reproche d'avoir ensuite succombé à une surmédiatisation politique de cet événement». «Il y a 800 cas répertoriés en France. C'est une plaisanterie! Va-t-on se mettre à comptabiliser les diarrhées?», lance-t-il.

 

«Inutile d'affoler les populations»

«On aurait dû annoncer clairement la couleur: nous sommes dans le cadre d'un exercice grandeur nature. Point à la ligne. Il est inutile d'affoler les populations sauf à vouloir leur marteler, à des fins politiques, le message suivant: bonnes gens, dormez sans crainte, nous veillons sur vous», déclare encore le Pr Debré qui précise qu'il «n'accuse pas» la ministre de la Santé Roselyne Bachelot. Il estime en outre qu'en France «les vaccins ne seront pas prêts avant le 15novembre», c'est-à-dire «lorsque le premier pic de contamination sera passé. Quant aux centaines de millions de masques en stock, que va-t-on en faire?», interroge encore le médecin. Vendredi, le Premier ministre François Fillon avait assuré que le pays était «prêt» à affronter une pandémie de grippe A.


26 juillet 2009 © www.letelegramme.com

 

Par Sylvie Boussand - Publié dans : Articles de presse - Communauté : Résistance 2007
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