La période est aux vœux. Rien de bien nouveau, comme tous les ans à la même époque… les vœux sont de rigueur. Et maintenant ? En quoi cette année qui commence serait-elle plus favorable ou défavorable que celle qui vient de s'achever ? Les actes posés l'an dernier sont-ils ou non fondateurs d'un mieux être ou d'un mieux vivre pour les mois à venir ?
Je n'ai pas de réponse. Du moins pas de réponse en prêt à penser. Un prêt à penser qui serait à l'esprit ce que le prêt à porter est à la mode : cela peut convenir à peu près à tout le monde, objet sinon de désirs du moins d'envies, oublieux de l'utilité première d'un vêtement, étalé, photos à l'appui dans la presse, les publicités, et qui, par la grâce incontournable de l'effet de masse, devient l'indispensable code vestimentaire hors lequel point de reconnaissance sociale.
N'ayant pas de réponse en prêt à penser, et, il faut être honnête, ne voulant pas de ce prêt à penser là, je n'irai pas non plus le chercher du côté de la haute couture des esprits géniaux ou prétendus tels. Qui plus est, c'est bien connu, les grands esprits quittent la France. Mieux, ils la fuient ! Diable. La fuite de Varennes version XXIe siècle ? L'année commence donc avec ces fuites, ou plutôt devrais-je dire, la suite des fuites de la fin de l'année dernière et de toutes celles d'avant ?
Comment s'y retrouver ? Comment surnager au milieu de cette inondation ? Fuite des cerveaux. Fuite des capitaux. Fuite des grands esprits. Fuite des grands talents… STOP ! Y'a pas un plombier, même polonais, pour serrer les boulons ? Arrêtez de nous emmerder avec ces fuites ! Notre pays ne vaut-il que par un Depardieu, un Bernard Arnault, une Brigitte Bardot ou je ne sais quel footballeur ? Si l'herbe est plus verte ailleurs, bon vent ! Et si l'idée de partager un tant soi peu est par trop extravagante pour certains, qu'ils aillent au diable, ce sera là mon vœux le plus sincère.
Et je pense. Oui, je pense. Cela m'arrive.
Je pense à tous les praticiens hospitaliers, aux personnels soignants, qui du 1er janvier au 31 décembre ont été là, dans leurs services, aux urgences, dans les blocs opératoires, pour faire de leur mieux, avec parfois trop peu de moyens, l'année dernière et qui continueront cette année encore. Je pense à tous ceux qui dans leurs entreprises ont fait de leur mieux pour produire avec sérieux et fierté de leur ouvrage. Je pense à ces artisans, ces commerçants qui sans ménager leur peine, sans compter leurs heures, ont apporté satisfaction et services à leurs clients. Je pense à ceux qui, sans emploi, ont sermonné leurs enfants pour qu'ils travaillent bien à l'école afin de réussir des études qui, peut-être, leur ouvriront les portes d'un bon emploi et les rendront fiers d'une réussite par procuration.
Je pense à ceux qui se dévouent sans compter, retraités, bénévoles, dans des associations, parfois seuls dans leur immeuble ou leur village, en étant attentifs à ceux qui sont isolés et ne mégotant pas des petits gestes au quotidien : un sourire, un mot gentil, une course faite, un café pris ensemble… pas besoin d'argent planqué sous le matelas ou en Suisse pour donner et donner encore de l'espoir et de l'affection.
Je pense à cette multitude de gens biens, de gens sérieux, honnêtes, travailleurs, simples, aimants, dévoués… je pense à eux, et eux, c'est l'écrasante majorité. Et franchement, ces gens là, ils méritent mieux. Alors, cette année encore, modestement, je vais me souhaiter d'avoir assez de volonté, de courage pour apporter ma petite pierre à la construction d'un pays grand et généreux. Cette année, je vais nous souhaiter à tous d'être des têtes dures, d'oublier le prêt à penser, de refuser ce qui nous serait présenté comme inéluctable et de voir enfin à quel point nous sommes nombreux et à quel point nous sommes capables de belles et bonnes choses. Ensemble. Avec tolérance. En toute humanité.
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